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David Greilsammer et l’ONDIF : la division fait la force ?

COMPTE-RENDU – David Greilsammer endosse les rôles à la fois de pianiste et de chef face à l’Orchestre National d’Île-de-France, dans deux monuments de l’œuvre de Beethoven.

À la Philharmonie de Paris, David Greilsammer et l’Orchestre National d’Île-de-France proposent un programme tout Beethoven, non sans ambivalence et avec un certain art du morcellement…

Diversité d’abord

Avec le Concerto pour piano n° 3 et la Symphonie n° 7, peu de chances de ne pas aimer le programme. Avec l’Orchestre National d’Île-de-France, peu d’occasions d’être déçu. En bref, un concert où la prise de risque semblait limitée. Pourtant, en invitant David Greilsammer, la Philharmonie s’offrait une chance de surprendre : connu pour ses performances mozartiennes – il a joué l’intégralité des sonates de Mozart en une journée – le musicien possède, en plus de sa capacité à créer l’événement, un répertoire pour le moins éclectique. Assumant ce soir la double casquette de pianiste et de chef, on se demandait donc si Beethoven allait connaître un sort particulier : de l’originalité, un peu ; de l’énergie, beaucoup ; la recherche de l’effet, toujours.

Dédoublement ensuite

Dirigeant depuis le piano, David Greilsammer ne peut pas totalement assumer une position de soliste. En effet, l’instrument étant placé au milieu des musiciens, le rapport au son d’ensemble est forcément différent. Cela s’entend dans le jeu du pianiste, dont les couleurs se mêlent toujours à celles de l’orchestre, avec moins de brillant que ne le ferait sans doute l’instrument au premier plan. Ce dédoublement crée aussi, par moments, un conflit entre le pianiste et le chef : certaines entrées du piano et certaines fins de phrase sont un peu précipitées, dès lors que l’orchestre a besoin, au même moment, d’être dirigé. Mais ce sont nos oreilles, habituées à distinguer les deux fonctions, qui le perçoivent, tout en reconnaissant à quel point l’écoute entre les musiciens est démultipliée dès lors que les mains du soliste doivent se partager entre le clavier et l’ensemble.

Dispersion entre-temps

David Greilsammer attend la cadence du premier mouvement pour risquer une lecture toute personnelle : il surprend par l’utilisation très appuyée de la pédale, qu’il laisse brouiller parfois les harmonies. On penche alors vers l’impressionnisme, sentiment que certains tempos extrêmement lents viennent confirmer. Il s’amuse à suspendre le temps, peut-être un peu trop pour le public qui, comme souvent dans les moments de suspension, se met à tousser et à s’agiter. On s’éloigne même de Beethoven jusqu’à croire entendre du Jeff Buckley – après tout, pourquoi pas ? David Greilsammer oscille, dans sa direction et son jeu, entre quelques moments au tempo très étiré, et d’autres très allants, à l’image d’un deuxième mouvement qui ne s’appesantit pas. Mais avec la présence très appuyée des cuivres et des timbales, c’est l’Allegro qui remporte la mise, maintenant le drame aussi bien que la joie, et emportant, dans son accélération finale, un public qui ne résiste pas aux grands effets sonores.

Fragmentation pour finir

La Symphonie n° 7 se distingue par une direction qui ne cherche pas la construction d’un son d’ensemble, mais laisse exister les pupitres, chacun apportant des couleurs qui lui sont propres. L’ONDIF a de quoi amplement faire entendre la qualité des vents, notamment dans le troisième mouvement où ils dialoguent remarquablement. C’est peut-être dans ce mouvement que l’on perçoit le plus les différents timbres, et ce sentiment général de fragmentation qui, par le miracle de Beethoven, tient debout et crée des tutti où toutes les pièces semblent s’emboîter. David Greilsammer a la chance d’avoir face à lui des musiciens dont les qualités individuelles permettent que l’ensemble soit équilibré et que ces effets ne soient jamais outranciers, ce qui était un défi !

Les dernières mesures, éclatantes, entraînent les applaudissements frénétiques du public, bien entiers ceux-là.

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