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« Il était une fois l’Homme » : Planet [wanderer] par Damien Jalet et Kohei Nawa

DANSE – Second opus de la collaboration entre Damien Jalet et Kōhei Nawa après Vessel en 2015, Planet [wanderer], créée en 2021, trouve aujourd’hui un nouvel ancrage au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, scène familière du chorégraphe belge.

Sur un vaste plateau recouvert de sable noir et scintillant s’anime un monde en perpétuelle mutation, oscillant entre sol lunaire, profondeurs abyssales et jardins minéraux évoquant Kyoto.

À la lisière de la danse contemporaine de Damien Jalet, des arts visuels de Kōhei Nawa, et des ondes de Tim Hecker, la pièce se déploie pour une durée d’une heure comme une expérience immersive où le paysage devient organisme et la scène se transforme en écosystème mouvant, tenu par les limites de sa propre forme.

Au commencement était la lumière

Plongé dans le noir le plus total, le mystère s’installe. Du grand silence qui s’est fait parmi le public, chacun cherche un détail sur lequel placer sa focale. Un point dans le noir total, puis quelques scintillances percent la sombre scène pour révéler peu à peu le dessin d’une poussière qui tombe au ralenti et dessine une réalité en lenteur. À la manière d’un jardin zen, le silence de la planéité occupe l’espace, ponctué par les mouvements d’une masse mystérieuse qui bouge. Un monde s’éveille, comme si les cellules s’y reconnaissaient. Dans l’obscurité totale, le public aiguise sa nyctalopie, se laisse happer par la moindre lueur et tente de discerner les formes, tandis qu’un corps s’éveille lentement sur scène. Entre poisson, crabe ou créature hybride, on ne sait de quoi il retourne mais il est impossible de ne pas faire le lien avec le ballet mystérieux des poissons du Fantasia de Disney. Le mot « planète » vient du grec planaomai, qui signifie « errer », à l’image du Wanderer, figure du vagabond propre à l’imaginaire romantique.

Planet [wanderer] © Rahi Rezvani

Si le sol évoque un sable ou une surface lunaire, le mouvement d’ensemble rappelle celui d’un fond marin. Lourd, mouvant et ondulant, il transpose la fluidité des abysses qui s’électrise au gré de la partition de Tim Hecker. L’ensemble s’anime au sein de ce vaste rectangle minéral et renvoie aux aquariums du plasticien Pierre Huyghe, tant par la lenteur des déplacements que par la diversité des présences qui l’habitent.

Planet [wanderer] © Rahi Rezvani

Entre liquide et solide, espace et fonds marins

Sortie du sable, la danse d’ensemble se déploie. Les corps se positionnent au-dessus de puits emplis de liquides blancs. Maintenues dans un fluide non-newtonien, les jambes des danseurs se trouvent retenues, ce qui leur permet d’onduler librement, ancrées dans le sol et mouvantes comme des végétations. En diachronie comme en synchronie, les gestes se répondent, les corps se comparent et font groupe, tandis que se dessine progressivement une scène d’apparition.

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L’humain se redresse, quitte son liquide originel, marche et fragmente le mouvement à la manière des décompositions d’Eadweard Muybridge.

Planet [wanderer] © Rahi Rezvani

En utilisant les corps pour n’en former qu’un seul organisme, émerge une sensation d’étirement du temps, celle d’un être à la fois seul et ensemble, qui fonde l’humanité. Se donne alors à voir la naissance d’une performance autant que celle d’un monde.

Du micro au macro, la genèse en fable

Conçu par un duo complémentaire, le projet explore la relation originelle entre l’humain et son environnement en mobilisant un imaginaire oscillant entre microcosme cellulaire et immensité cosmique. Les 8 danseurs présents sur scène, Shaw Ahern, Karima El Amrani, Aimilios Arapoglou, Francesco Ferrari, Vinson Fraley, Christina Guieb, Astrid Sweeney et Ema Yuasa incarnent les forces naturelles symboliques, la résistance de la vie et du vivre ensemble.

Leur gestuelle naissante explore la migration des formes et la fragilité des équilibres entre présence et effacement, solide et liquide, nature et culture, humain et animal. La scénographie, conçue par Kōhei Nawa, ne se contente pas de proposer un décor : elle constitue un écosystème sensible d’évolution sans but, constaté pour sa simple beauté symbolique.

Magique par ses procédés scéniques, mystérieux pour sa convocation de sonorités électroniques, traditionnelles, percussives, Planet [wanderer] tient de l’expérimentation d’une fresque de genèse. Comme on regarderait les flammes qui s’agitent, le public assiste à la naissance d’un monde, touché par une « vague à l’âme », l’envie de flottement et peut-être de méditation.

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