À L’ÉCRAN – Au Teatro San Carlo, c’est avec la mise en scène de Romain Gilbert que La Gioconda (La Joconde), grand mélodrame d’Amilcare Ponchielli, reparaît dans la cité napolitaine après des décennies d’absence.
Bonne nouvelle ! Et pourtant, cet opéra, resté célèbre pour sa Danse des heures, est bien loin d’être tout rose, et l’amour s’y confond avec la jalousie, le sacrifice et la mort la plus bouleversante qui soit.
Une drôle de carte postale
Ah, Venise ! Ses canaux qui fendent la cité, ses marbres et ses façades immaculées des palais sous le soleil de l’Adriatique… ça fait rêver, avouons-le. Mais la Cité des Doges, célèbre pour son carnaval, est aussi le décor de complots et des faux-semblants. Au XVIIᵉ siècle, la belle Gioconda aime sans espoir Enzo, un banni, qui lui préfère Laura. Un vaudeville truffé de quiproquos ? Loin s’en faut. Car Barnaba, terrible agent de l’Inquisition, convoite ardemment Gioconda et est prêt à tout pour obtenir ce qu’il veut, jusqu’aux pires menaces et sévices contre le trio…
La mise en scène de Romain Gilbert entretient la perpétuelle tension dramatique qui sied à l’œuvre, avec l’Orchestre de la maison placé sous la direction de Pinchas Steinberg. L’ensemble s’appuie sur une distribution vocale de premier plan, réunissant la soprano Anna Netrebko dans le rôle-titre, le ténor Jonas Kaufmann en Enzo et le baryton Ludovic Tézier en Barnaba. De quoi fournir toute la puissance et l’abandon nécessaires, révélant la richesse d’un opéra où le sentiment amoureux devient une spirale infernale de dangers, de chantages et de ruses.
Avec cette Gioconda, le Teatro San Carlo remet en lumière un ouvrage mémorable, à la fois spectaculaire et noir, emblématique d’un opéra italien à la frontière du grand spectacle et de la tragédie intime. Une excursion poignante à Venise, vue depuis Naples !
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Photo de Une : © Luciano Romano

