COMPTE-RENDU — Deuxième ouvrage lyrique représenté à l’Opéra national de Lyon dans le cadre du Festival 2026, Billy Budd de Benjamin Britten offre un spectacle total qui nous empoigne sans concession. Hissez les voiles, cap sur la ville des Lumières !
Jamais encore représenté sur la scène de l’Opéra de Lyon, le drame musical de Benjamin Britten, inspiré de la nouvelle d’Herman Melville, prend toute sa dimension dans cette production particulièrement aboutie tant au niveau scénique que musical. Nous voilà embarqués à bord de L’Indomptable, redoutable navire de guerre de la Royal Navy, à la toute fin du XVIIIᵉ siècle, à l’heure où la France révolutionnaire s’agite jusque sur les mers. Comme si la Révolution Américaine n’avait pas suffi !

Un petit nouveau à bord
À travers les yeux et les souvenirs affectés de l’ancien capitaine de l’Indomptable, Edward Fairfax Vere, c’est toute la vie du vaisseau qui prend corps. Officiers et maîtres d’équipage mènent la vie dure aux matelots et aux jeunes recrues, tandis que Vere semble s’abîmer dans la réflexion et la lecture, de plus en plus éloigné de la réalité quotidienne. Or, une guerre est à mener contre les navires français. On a dit pas d’quartier Edward !

L’arrivée du jeune Billy Budd, gabier de misaine, un être pur et d’une grande beauté, affecté d’un bégaiement qui apparaît soudainement sous le coup de l’émotion, perturbe tout le monde, en bien pour certains, mais apparaît démoniaque pour d’autres. Ainsi, le premier Maître, John Claggart, le prend rapidement en grippe. Car le jeune homme représente l’antithèse de lui-même et révèle l’aspect homo-érotique que Claggart cherche à combattre. La mort de ce dernier par un coup de poing lancé par un Billy à court d’arguments, est à ce titre révélatrice. Condamné à être pendu, Billy Budd accepte son sort avec une sorte de sérénité revendiquée, presque christique.
Un équipage qui a du coffre
Dans sa mise en scène, Richard Brunel a choisi de faire poignarder Billy par le caporal, Squeak, un autre jeune homme du bord, âme damnée de Claggart et terrorisé par celui-ci. Ce choix audacieux peut surprendre, mais c’est la guerre après tout ! De plus, il ne remet pas véritablement en cause les interrogations qui continuent à hanter l’esprit du Capitaine Vere des années après. Est-il le véritable coupable de ce drame en mer, lui, le dernier survivant ?

Dans le rôle de Billy Budd, le baryton Sean Michael Plumb — qui vient d’aborder le rôle la saison dernière à Buenos Aires — excelle à montrer toute la pureté de cet être sensible et généreux, pacificateur dans l’âme et si éloigné de toute bassesse terrestre. Sa voix fraîche et assise, d’une grande délicatesse expressive, touche profondément au cœur lors de sa supplique finale et bouleverse par sa parfaite sincérité.

D’une voix toute de noirceur et d’autorité morbide, Derek Welton campe un Claggart terrifiant et implacable, comme s’il cherchait à susciter sa propre mort. Paul Appleby, pour sa part, donne tout son caractère au rôle du Capitaine Vere. Il exprime avec acuité l’ensemble des doutes dans son interprétation du personnage, ceux d’une voix de ténor dans toute sa plénitude. Feu à volonté !

Un chef d’orchestre pour figure de proue
Cette production bénéficie d’un plateau vocal de grande qualité jusque dans les plus petits rôles, tandis que le Chœur d’hommes de l’Opéra de Lyon, appuyé par des membres de la Maîtrise, fait merveille. Finnegan Downie Dear a d’ailleurs commandé sur un autre vaisseau : au Festival d’Aix-en-Provence à l’été 2025, où il a dirigé un spectacle adapté de l’ouvrage, intitulé The Story of Billy Budd, Sailor. À Lyon, il dirige l’œuvre dans sa totalité, tenant fermement la barre, faisant preuve d’une grande maturité d’approche, lissant le son ou l’exaltant, tout en impulsant une dynamique d’ensemble qui trouve un écho sans faille au sein de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.

Une très longue ovation a salué ce superbe spectacle co-produit avec le Staatsoper de Hanovre. C’est non sans regrets que nous mettons les pieds sur la terre ferme après cette bouleversante traversée.
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