COMPTE-RENDU — À l’Opéra Royal de Versailles, ce Faust de Charles Gounod est porté par une distribution engagée et une direction musicale solide. La production assume une esthétique classique, avec une idée simple : montrer les deux faces d’un même théâtre, entre illusion et fabrication. Rien de diabolique, rassurez-vous !
La mise en scène de Jean-Claude Berutti s’inscrit dans une tradition lisible, presque familière. Ici, pas de transposition radicale : l’action semble appartenir à un autre temps, sans chercher à le redéfinir. On s’y installe rapidement, comme dans une histoire que l’on connaît — et que l’on accepte volontiers de redécouvrir. Parce que nous savons déjà ce qu’il en est : si c’est pile, Méphisto gagne, et si c’est face, Faust perd !
L’envers d’un décor
La scénographie de Rudy Sabounghi donne toute sa cohérence à cette approche. Les structures mobiles, peintes comme des images anciennes, révèlent en pivotant leur envers : derrière la façade, l’intime — le cabinet de Faust, la chambre de Marguerite, la prison. Ce jeu de surfaces fonctionne avec efficacité et fluidité, accompagnant le rythme du drame sans jamais l’alourdir.

Même les changements de décor, visibles à travers un voile de tulle, participent à cette logique du double : montrer sans tout dévoiler, suggérer sans rompre l’illusion. Les lumières de Christophe Forey, discrètes mais bien pensées, accompagnent ces transitions et soutiennent notamment les atmosphères plus sombres, sans chercher à s’imposer. La chorégraphie de Reveriano Camil s’intègre naturellement à cet ensemble, prolongeant le mouvement général du spectacle.

Une distribution multiface
C’est sans doute du côté musical que les deux faces — précision et engagement — se rejoignent le plus naturellement. Julien Behr incarne un Faust habité, capable de passer de l’élan héroïque à une vulnérabilité plus intime. Face à lui, Vannina Santoni construit une Marguerite sensible, au phrasé soigné et à l’émotion progressive.
Luigi De Donato impose un Méphisto solide et charismatique, tandis qu’Anas Séguin apporte à Valentin une belle intensité dramatique. Autour d’eux, Éléonore Pancrazi (Siébel) séduit par son élégance, Julie Pasturaud (Marthe) par sa vivacité, et Jean-Gabriel Saint-Martin (Wagner) par la solidité de sa présence.

Les Chœurs de l’Opéra de Tours et de l’Opéra Royal de Versailles jouent un rôle particulièrement marquant : très engagés scéniquement, ils deviennent un véritable moteur de l’action, avec une énergie constante et une belle cohésion. Les danseurs de l’Académie de danse de l’Opéra Royal participent pleinement à cette dynamique, apportant une présence physique continue, particulièrement sensible dans les scènes infernales du dernier acte. Dans la fosse, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Royal, Laurent Campellone maintient des tempos vifs et une tension dramatique constante. L’ensemble soutient efficacement les chanteurs, avec un équilibre bien maîtrisé entre la scène (côté pile) et la fosse (côté face).

Un tour de passe-passe qui fonctionne
Le public, attentif et généreux, réserve un accueil chaleureux à cette production. Sans chercher à réinventer Faust, le spectacle propose une lecture claire, fluide et musicalement engagée. Entre l’endroit et l’envers, entre ce que l’on montre et ce que l’on suggère, ce Faust trouve ainsi son équilibre : celui d’un jeu de théâtre qui fonctionne, tout simplement.

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