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Kafka rembobiné au KLAP de Marseille

COMPTE-RENDU – Clara Freschel, danseuse du Ballet Preljocaj, investit le KLAP Maison pour la danse de Marseille avec « Kafka Fragments », une relecture de l’œuvre de György Kurtág, 40 pièces pour soprano et violon sur des textes de Franz Kafka, ici substituée par le système son du musicien improvisateur Jean-Marc Montera. Ce qui devait rester ouvert finit par se refermer.

Start to Pose

La bande se remet en marche dans le silence. Clara Freschel rembobine. La partition change de support, le signal repart de zéro.

La danseuse prend la pose sur une chaise moins pittoresque que celle de la performance de Shie Shoji et Stelios Chatziioannou en 2009. Des inscriptions cryptiques parcheminent les bouts de peau partiellement visibles : le texte est là, sur elle, en attente de lecture. Elle s’adonne à un exercice de contemplation qui attise la curiosité d’un public-miroir.

Le silence de Kurtág est concentré en ce moment précis. Puis Clara aspire ses dires et rembobine la partition : pour mieux se faire comprendre, elle nous donne des indices, trop d’indices. Le chant commence dans un ton qui subsistera durant l’entière représentation : celui de la rétroaction.

© Valentin Haas
Rétroaction

C’est dans un langage laminaire, discontinu, qu’elle se laisse entendre, comme dans l’œuvre de Kurtág. L’union entre la décélération de la chanteuse lyrique et les notes du modulateur électronique apporte une texture en dent de scie, unique et synthétique, la bande tourne, le signal oscille.

Les indices d’une spatialité font demi-tour vers la mise en scène initiale. Dès lors, Clara se met à nu pour laisser apparaître le reste des inscriptions qui la parcheminent : geste attendu, déjà vu, qui rejoue sans avancer. Debout, elle inscrit sur des rouleaux de papier blanc un message retranscrit à l’envers pour elle, adapté au sens du public, le texte se relit, se retourne, se rejoue.

La bande finit par s’arrêter sur une image fixe : assise devant un écran improvisé, la danseuse convie le public à regarder une pièce qui documente plus qu’elle n’effectue. La projection s’avère être un témoignage en fragments d’une survivante de la Shoah. L’approche personnelle et conceptuelle se dissout dans la simplicité presque pédagogique : la bande défile, le sens est livré clés en main.

© Valentin Haas
Guitar Hero Mode

Ce que l’on retient, ce sont les derniers pas frénétiques de la danseuse, dont un windmill : ce mouvement d’air guitar qui mime la loop dans laquelle nous prend l’intention du projet. La boucle est bouclée, littéralement.

Si l’adjectif kafkaïen perd de son sens tant il est appliqué, l’œuvre de Kurtág ne perd pas un grain de son originalité lorsque le processus reste abstrait. Dans cette lignée des adaptations de Kafka brillant par la sauvegarde des éléments disparates d’un récit et par la non-tentative de reconstituer la trame, reste celle du The Castle par Michael Haneke.

À Lire également : Motor Unit, La boîte dont on ne sort pas tout à fait

La beauté du projet réside dans la réalisation d’une mélodie synchrone entre le lyrisme de Clara Freschel et la performance de Jean-Marc Montera, d’une guitare frottée par un archet, là où la bande s’efface et où la résonance judaïque de la musique de György Kurtág reprend le dessus.

© Valentin Haas

Note de la Rédaction : La Maison nous précise que cette présentation était dans le cadre du dispositif « Question De Danse », un Work in Progress présenté au public.

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