AccueilA la UneHansel et Gretel au pays des cheminées en brique rouge

Hansel et Gretel au pays des cheminées en brique rouge

COMPTE-RENDU – Chef d’œuvre d’opéra tous publics, Hänsel und Gretel d’Humperdinck est une tradition dans les pays germaniques à Noël qui charme tout autant l’Atelier Lyrique de Tourcoing en avril.

« S’il vous dérange en quoi que ce soit durant le spectacle, il ne faut pas hésiter à me le dire ». C’est ainsi que mon voisin, enfin plutôt le voisin de mon voisin, s’adressa à moi, sérieux et souriant à la fois, au début du spectacle au sujet de son garçon assis à côté de moi.

« Oh non aucun souci, et même surtout pas ! » répondis-je, « c’est un spectacle familial et l’opéra c’est un lieu vivant. »

Je crois que mon voisin, ce petit Timothée (en vrai, je n’ai aucune idée de comment il s’appelle mais ça me fait bien plaisir de l’appeler Timothée), était à la fois impressionné par le lieu et son sérieux dans le regard de son père, un peu intrigué aussi, heureux et inquiet itou, mais surtout rendu enthousiaste par l’animation organisée à l’occasion de cette production. Dans une main il avait encore le coloriage qu’il avait pu faire sur les tables dans le hall avant le spectacle, dans l’autre main le petit programme de salle expliquant l’histoire avec des dessins, des jeux (entourez les instruments de musique par famille, aidez Hansel et Gretel à retrouver leur chemin, même si celui-ci mène à la maison de la sorcière), un quizz…

© Cyril Cauvin, Photos prises à l’Opéra de Saint-Etienne avec une distribution en partie différente

Comme tous les petits et les grands emplissant ce Théâtre Municipal Raymond Devos, mon petit voisin ne m’a pas dérangé, en quoi que ce soit, trop fasciné qu’il était tout le spectacle durant, suçant son pouce dans les bras de son papa. On entendait seulement le spectacle et ce que disent les enfants quand ils ne disent plus un mot : leur plaisir de la découverte.

Pourtant la production a fait le choix ambitieux de proposer cette œuvre allemande en VO et sans surtitres, pour mieux immerger dans un chaudron artistique leur public et surtout avec l’aide indispensable d’un narrateur (et pas n’importe lequel) : François Rollin, certes en voix enregistrée (dommage mais plus pratique pour voyager) expliquant à l’avance chacun des épisodes.

Car voilà, l’œuvre, qui est un chef-d’œuvre d’opéra aussi bien pour les petits et les grands exerce une fois de plus son pouvoir de fascination digne de celui de la sorcière, et sans même avoir besoin d’abuser de sucreries, et pour un motif bien plus louable : non pas manger les enfants mais les nourrir, de culture.

Ils ne m’ont donc pas dérangé du tout, ils m’ont ému, à les voir ainsi fascinés par une fosse qui n’a pas besoin d’être remplie -dans l’arrangement de Lacroch’- pour déployer ses trésors sous la direction lumineuse de Léonard Ganvert. Ils ont ri fort silencieusement des batailles de balais, et autre cache-cache dans le frigo. Ils en ont dit des choses, avec des wow impressionnés devant ces balais descendant du ciel, et puis ensorcelés par la sorcière -également metteur en scène- Denis Mignien qui pétrifie Hansel et Gretel comme elle fascine le public de son jeu théâtral et vocal généreux et à l’aise dans tous les registres, et puis par les aigus tourbillonnants de Gretel (Alexandra Hewson) rejointe par le large ambitus d’Hänsel (Marion Jacquemet), et puis par la présence vocale nourrie de la Mère (Jazmin Black-Grollemund) même plus droite de jeu, et puis par la surarticulation et les appuis accentués du Père, Paire (Guillaume Paire également directeur artistique) sachant claironner comme il faut même s’il fatigue et serre les aigus… et puis fascinés par la créature mystérieuse en Marchand de sable (Sébastien Bellegy), visage blanc, danse anguleuse.

Ils auraient certes pu en dire des choses, les bambins, sur l’invraisemblance du fait que la maison des parents s’ouvre pour devenir celle de la sorcière, le tout dans un décor somme toute épuré.

Ils n’ont pas dit mot, pour mieux applaudir, émerveillés, tous les artistes, et repartir en chantant et en sifflant le thème le plus mémorable de cette œuvre (le tout en ayant glané dans leurs poches quelques bonbons puisés à côté des coloriages).

Si j’avais dérangé en quoi que ce soit cet émerveillement, je m’en serais beaucoup voulu.

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