DISQUE – Yoann Moulin publie l’album A Keyboard Song citant “Comme un madrigal sans parole” de Frescobaldi au Label Scala Music
Pas un geste ! (quatre)
Il y a tout d’abord dans le programme de cet album un geste historiquement informé : réunir des pièces diverses en une compilation, pratique propre à la Renaissance. Un deuxième geste est poétique : cheminer entre les stances alternées du claviorganum – instrument hybride superposant tuyaux d’orgue et cordes pincées du clavecin – et du virginal. Yoann Moulin fait aussi un troisième geste, celui de médiateur. Il cherche à assembler les diverses origines, instables et tremblantes, d’un clavier encore soumis et fasciné par le vibrato vocal et son vaste répertoire. On trouve donc, à côté de pièces dont les traits sont typiques du toucher instrumental, de nombreuses transcriptions de chanson renaissante, souvent à quatre voix, héritée de Josquin Desprez ou de Clément Janequin.
Faire chanter les cordes
Un quatrième geste, cette fois interprétatif, traverse l’album en filigrane, tel un idéal qui se dérobe en même temps qu’il se donne : comment faire entrer la voix, son galbe et ses nuances, dans les cordes et les tuyaux. Tout est dans la manière d’attaquer les claviers et de conduire les lignes, superposées ou harmonisées, répond l’interprète. Avec le virginal, les pièces égrènent leurs perles humides dans une intimité tactile, portée par une prise de son qui capte le moindre relâchement. À l’inverse, le claviorganum ouvre davantage l’espace sonore, dans la profondeur du grave et les longs souffles d’ison (note tenue en continu dans le registre grave). Dans les moments méditatifs, le temps suspend son geste : la ligne, nue, comme a cappella, devient pure présence. Dans les moments chorégraphiques, le rythme vient griffer l’espace sonore.
Cette hybridité produit un deuxième tremblement. Entre archaïsme et amplification, quatuor vocal et machine instrumentale, le son semble hésiter. La réussite de l’album – et de ses quatre gestes – tient à cet équilibre maintenu entre souffle vocal et virtuosité instrumentale.
Pourquoi on aime
- Pour cette tension constante entre voix imaginaire et mécanique instrumentale.
- Pour la diversité et le contraste d’une anthologie vivante de pièces rares.
- Pour un jeu qui unit le perlé propre au virginal aux lignes continues du claviorganum.
C’est pour qui ?
- Pour les amateurs qui aiment écouter la musique « de près », depuis l’intérieur du son.
- Pour les amateurs de clavier, qui veulent le saisir depuis son origine jusqu’à son universalité.
- Pour les poètes du son en quête d’unité entre parole et musique.
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