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Jephté de Hændel : o(pé)ratorio au TCE

OPÉRA – Pour le début de sa tournée européenne, Jephté de Haendel réunit au Théâtre des Champs-Elysées des solistes de haut vol (Michael Spyres, Joyce DiDonato…) et l’orchestre et le choeur Il Pomo d’Oro sous la direction de Francesco Corti.

Jephté est le dernier oratorio composé intégralement par Haendel, et porte haut le drame de par son thème, le sacrifice, et de par sa musique éminemment expressive. Répertorié comme oratorio, la « touche Haendel » lui donne la taille d’un véritable opéra d’ou sa dénomination de drame sacré ou d’opéra religieux.

« It must be so » (Il le faut) 

Le public est saisi d’emblée par cette injonction proclamée par Zebul dans le but de convaincre les israélites de choisir Jephté comme chef pour livrer bataille aux Ammonites ennemis. « It must be so » et pas autrement! Jephté, lui,  a fait un malencontreux serment en promettant à Jehovah de sacrifier la première personne qui viendra l’accueillir une fois la victoire remportée. Cette première rencontre est, hélas, sa fille Iphis : « It must be so » sad !

 Storge, la mère d’Iphis, après avoir fait un rêve prémonitoire peuplé de visions d’horreur, refuse de se soumettre et de livrer sa fille au sacrifice: « It must be so« , mais pas trop ! Iphis accepte stoïquement son sort: « It must be so » resigned. Par amour, Hamor (qui porte bien son nom) propose de prendre sa place sur l’autel du sacrifice : « It must be so« , lover ! 

Un retournement de situation de dernière minute fait apparaitre un ange qui sauve Iphis de la mort: « It must be so« … et bien non ! 

Et le verbe s’est fait chair !

À partir d’un sujet biblique tiré du Livre des juges de l’Ancien Testament, Thomas Morell écrit le livret de Jephté inspirant à Haendel une musique d’une haute expressivité décrivant au plus près les émotions et les tourments des personnages. 

© DR
  • Michael Spyres interprète le rôle-titre selon le principe dicté par ces mots : « Reste humble, mon âme ». Ainsi, dans une posture évoquant la statuaire antique, son chant se déploie dans une aisance confondante. Sa tessiture de « baryténor » fait entendre un timbre chaleureux, des graves pleinement assumés s’envolant imperturbablement vers le registre aigu dans des vocalises  « fingers in the nose ». Vaillant quand il rend gloire à Dieu, il émeut aux larmes lorsque,  sans se départir d’une attitude humble et retenue, il appelle les anges à veiller sur le salut de l’âme de sa fille. 
  • Si Storge clame : « Ô jamais, jamais mon esprit angoissé, n’a t-il connu de si incessants affres », pour Joyce DiDonato qui l’incarne, les affres commencent dès son entrée en scène. Se prenant les pieds dans sa (trop) longue jupe, la chanteuse trébuche. Cependant, elle se relève imperturbable et délivre une interprétation haute en couleur. L’intensité de son inquiétude culmine dans une projection vigoureuse, passant du grave à l’aigu sans faiblir. Son chant s’adoucit vers les pleurs à l’évocation de sa fille, mais à l’idée de son sort fatal, la chanteuse retourne au registre dramatique, sous le regard médusé du public. 
  • Qu’elle soit amoureuse, victime ou sauvée, Mélissa Petit en Iphis préserve la suavité de sa voix aussi légère et chatoyante que sa robe de princesse rose-pâle. Rien ne semble ébranler la soprano, les vocalises perlent et elle se délecte des phrases haendeliennes, ajoutant même du souffle pour plus de douceur encore : « au souffle de la vie avec joie je renonce et sans murmure ni chagrin sombre dans les bras de la mort. » 
  • Jasmin White prête sa voix impressionnante de contralto au personnage d’Hamor. La puissance de son chant égale celle de son amour indéfectible pour Iphis: « Obéissant à la volonté suprême, toujours mon Iphis j’adorerai ». La voix est agile tout en préservant une certaine largeur et s’incorpore dans un somptueux registre de poitrine. 
  • De l’autorité, Cody Quattlebaum en Zebul, n’en manque pas en déclamant « It must be so » tout en mettant à terre un pupitre inutile à ses soins. Dans un souci d’être entendu et obéi, son chant est en permanence soutenu et, si les notes graves perdent quelque peu de brillant, il projette sa voix de baryton dans des résonances convaincues. 
  • Tombée du ciel et surtout des rangs du chœur, Anna Piroli interprète L’Ange d’une voix cristalline prédisant à Iphis une vie heureuse « pure angélique, en état virginal, tu couleras tes jours, à jamais couronnés de louanges ». 
© Simon Pauly

Le chœur Il Pomo d’Oro assume magistralement les nombreuses  pages chorales de l’oeuvre et notamment le très expressif choeur funèbre « qu’ils sont obscurs, Seigneur, tes décrets, cachés tous à la vue humaine » dans une retenue à couper le souffle. Coup du sort ou hasard, Haendel est obligé d’interrompre la composition de ce chœur à cause d’un grave problème à l’oeil qui le conduira à la cécité.

Francesco Corti dirige l’orchestre Il Pomo d’Or de son clavecin dans une interprétation nuancée jamais ostentatoire. Le son est généreux, les phrasés amples ou ciselés. Il porte une attention particulière aux chanteurs, les soutenant dans leur engagement expressif. 

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Et le public, de clamer, non pas « Amen », mais « bravo ! » à cette équipe d’artistes émérites unis dans le choeur final : Alléluia ! 

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