AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueEugène Onéguine en direct de New-York : Jeu, set et match !

Eugène Onéguine en direct de New-York : Jeu, set et match !

OPÉRA — Ce samedi 2 mai, en direct d’un parc digne de Flushing Meadows à New York (ou pour les puristes, en direct du Metropolitan Opera) a eu lieu une spectaculaire finale de double mixte réglée par Deborah Warner et jouée par Eugène Onéguine et Tatiana Larina d’un côté et par Vladimir Lenski et Olga Larina de l’autre.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman
Un match tendu 

Le cours, rempli à ras bord d’un public attentif, a vu se succéder des retournements de situations inattendus : d’abord la déclaration d’amour de Tatiana à Eugène, le rejet de celui-ci, puis la légèreté naïve d’Olga qui fait perdre un set décisif au couple et entraîne une dispute entre les deux protagonistes masculins, pourtant amis de longue date, et qui se règlera par un tie-break décisif et dont Lenski ne se relèvera pas.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman
Un premier set combatif

Pour l’animation musicale à Flushing Meadows, c’est l’Orchestre du Metropolitan Opera qui procure une crème onctueuse et rafraîchissante, mais qui manque parfois de fermeté et de relief. Timur Zangiev conduit son Tchaïkovski de manière trop routinière, n’allant pas jusqu’au bout des rubati, ou n’engageant pas assez sa phalange dans les montées paroxystiques à la volée, laissant le public extérieur au drame.

Les ramasseurs de balle de la soirée accomplissent avec sérieux leurs courtes interventions, Ben Brady en Capitaine claironnant et solide et Richard Bernstein en Zaretski témoin à la ligne franche mais un peu abrupte et rugueuse.

En invité de première loge, le Monsieur Triquet de Tony Stevenson remplit élégamment son office, avec une voix légèrement voilée par la patine des ans mais avec une espièglerie et un abattage certain dans ces couplets surannés.

En juge de ligne, la nourrice Filipyevna de Larissa Diadkova est parfaitement à sa place, dans une composition pleine de sensibilité avec un médium et des graves soutenus et projetés de façon idoine.

6 jeux partout – Tie break

En arbitre de chaise, Le Grémine d’Alexander Tsymbalyuk est tellement convaincant que des bravi viendront interrompre son air avant la fin. La voix ample et idéalement placée, les graves abyssaux légers et sonores, ainsi qu’une grande palette expressive lui permettent de sortir par la grande porte. 

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman

Elena Zaremba en Madame Larina est plus contestable. Si le naturel dans l’incarnation de cette grande bourgeoise provinciale est tout à fait séduisant, la voix accuse le passage des ans et le vibrato devient envahissant dans le haut-médium, tandis que le soutien lui échappe en fin de phrases.

Deux sets partout, un troisième set sanglant !

La partie a vu finalement la défaite de tous les protagonistes, soit par forfait pour Olga, par blessure (mortelle) pour Lenski, par renoncement pour Tatiana et par désespoir pour Onéguine.

L’Olga de Maria Barakova coche toutes les cases du rôle. Legato impeccable, caractère à la fois enjoué, radieux et candide totalement assumé et tenue de la tessiture irréprochable.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman

Le Lenski de Stanislas de Barbeyrac, très attendu, ne déçoit en rien, même si les montées vertigineuses vers l’aigu dans son premier arioso d’extase trahissent un peu ses limites dans un rôle plus lyrique qu’héroïque. Ceci dit, dans le fameux et redoutable air du 2e acte, il met tout le monde d’accord par la puissance de son engagement, vocal certes, avec une vaillance notable, mais surtout dans le débordement affectif qu’il offre.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman

Iurii Samoilov a chanté Onéguine dans une dizaine de productions et ça se sent. Le profil psychologique du personnage, difficile à défendre de bout en bout par le côté à la fois dandy ultra-blasé et au fond jeune éperdu en manque d’amour, n’a plus de secret pour lui et il compose un oisif désabusé avec éloquence. Mais surtout il offre une prestation vocale de haute volée, avec des aigus très sombres et fort bien canalisés et une ligne tenue avec souplesse et fermeté à la fois.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman

Asmik Grigorian, une fois de plus, est la grande triomphatrice de la soirée, par cette capacité presque surréelle à donner à chacun de ses rôles une dimension plus aboutie et plus universelle que toutes les autres titulaires. Sa façon de dérouler son ruban vocal radieux avec une aisance renouvelée, de mixer ses aigus avec une finesse délicieuse, et surtout de donner à chaque note et à chaque phrase un poids, une portée, un ancrage et une signification idoine est stupéfiante.

Eugène Onéguine par Deborah Warner au Metropolitan Opera House © Evan Zimmerman

Le public, conquis par ce match d’exception, a réservé une ovation debout à l’issue de trois sets qui ont emporté l’auditoire.

À Lire également : le compte-rendu Ôlyrix

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