COMPTE-RENDU – L’Orchestre Divertimento accoste au Théâtre de l’Archipel à Perpignan avec un problème logistique de taille : faire rentrer la Méditerranée dans une salle de spectacle. Sous la direction de Zahia Ziouani, musiques européennes, grecques, italiennes et libanaises embarquent dans le même bateau, accompagnées des textes d’Elisa Biagi déclamés par Lyes Salem et signés (en langue des signes) par Clémence Colin.
Dès les premières minutes, le concert abandonne toute prétention à la ligne droite. Ici, tout avance par vagues. Une phrase musicale arrive, se retire, revient plus loin. Un texte surgit, puis disparaît derrière une nappe orchestrale. Même le public finit par ressembler à une côte méditerranéenne un jour de mistral : légèrement décoiffé mais ravi d’être là.
Prendre la mer
L’inclusion est au cœur du projet. À la voix de Lyes Salem répond immédiatement le geste de Clémence Colin. Les mots deviennent mouvements, les phrases prennent corps dans l’espace. Par moments, la comédienne semble même respirer pour toute la salle.
Quelques mots se perdent néanmoins dans la déclamation du comédien, probablement victimes de la houle émotionnelle qui traverse les textes. Mais qu’importe : en Méditerranée, même les phrases ont parfois le mal de mer.
Les surtitres, projetés au fond de scène, ajoutent encore une couche linguistique à cet archipel de langues où chacun semble traduire quelqu’un d’autre.
Zahia Ziouani, capitaine des vents portants
À la baguette, Zahia Ziouani dirige avec une souplesse presque liquide. Sa main droite semble moins battre la mesure que négocier avec les éléments. Le regard pétille, les gestes restent bienveillants, et l’on a parfois l’impression qu’elle demande poliment aux notes de bien vouloir avancer dans la même direction.
La première partie flotte dans les airs. La seconde s’enracine davantage dans les profondeurs. Les contrastes s’accentuent, les ombres apparaissent, la mer devient plus sombre.
L’acoustique de la salle ne facilite malheureusement pas toujours la traversée. Les bois souffrent de la chaleur, certains pizzicati disparaissent comme des bouteilles jetées à la mer, et plusieurs détails se noient avant d’atteindre le rivage des derniers rangs.
Chacun sa vague
L’un des plus beaux principes de la soirée réside dans les nombreux passages solistes laissés sans direction apparente. Chaque musicien prend alors la barre quelques instants avant de la rendre au collectif.
Au violoncelle solo, Fettouma Ziouani affiche une technique appliquée et solide. Le jeu demeure parfois prudent, presque dans la mécanique, mais laisse entrevoir de jolies poussées lyriques que l’on aurait aimé voir gonfler davantage.
Puis survient ce moment où l’orchestre cesse d’être seulement un orchestre, ou le redevient vraiment. Les musiciens frappent des rythmes dans leurs mains, chantent des refrains grecs, reprennent certains signes de Clémence Colin. À ce stade du concert, les frontières disciplinaires ont officiellement quitté le navire.
Tous dans le même bateau
Le plus intéressant n’est finalement pas la succession des œuvres mais leur capacité à se mélanger. Musique, théâtre, poésie, langue des signes, chants populaires et symphoniques circulent librement d’un pupitre à l’autre.
À la fin du voyage, il ne reste plus vraiment d’Italiens, de Grecs, de Libanais ou de Français. Il reste surtout un orchestre, deux comédiens, quelques centaines de spectateurs et une étrange impression d’avoir traversé la Méditerranée sans quitter Perpignan.
Demandez le programme :
Maurice Ravel – Alborada del gracioso, extrait de « Miroirs »
Mikis Theodorakis – Eutherpe, extrait de la « Rhapsodie pour violoncelle & orchestre »
Mikis Theodorakis – Thalie, extrait de la « Rhapsodie pour violoncelle & orchestre »
Cécile Chaminade – Prélude, extrait de « Callirhoé »
Nikolai Rimsky-Korsakov – Le jeune prince et la jeune princesse, extrait de « Scheherazade »
Traditionnel grec – Apano stin Triantafyllia, arr. Antonin Mège
Claude Debussy – De l’aube à midi sur la mer, extrait de « La Mer »
Idir – Ssendu, arr. Antonin Mège
Traditionnel turc & iranien / Faïrouz – arr. Nelson Santoni
Joaquin Turina – Fiesta en San Juan de Aznalfarache
Traditionnels italiens – Tarentelles (Napoletana & Pizzica), arr. Antonin Mège
Ottorino Respighi – La fontana di Valle Giulia all’alba, extrait de « Fontane di Roma »
Ottorino Respighi – I pini delle Via Appia, extrait de « Pini di Roma »
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