À L’ÉCRAN – Au Théâtre national d’opéra et de ballet de Lituanie, le chorégraphe Martynas Rimeikis propose une relecture de Coppélia, le célèbre ballet de Léo Delibes, où la fascination pour la poupée mécanique devient un miroir très contemporain de nos désirs.
Aimer à en perdre un boulon
Dans le monde de Coppélia, l’amour n’est jamais très loin d’un bug système. Le jeune Frantz tombe amoureux de la belle silhouette qu’il aperçoit derrière une vitrine, sans se douter qu’il s’agit d’une poupée. Un fantasme en bois et en engrenages, ancêtre des avatars numériques et des intelligences artificielles qui peuplent aujourd’hui notre imaginaire. De Metropolis à Ex Machina, la même question traverse les époques : peut-on aimer ce qui n’est pas humain ?
La lecture de Martynas Rimeikis de cette œuvre inspirée du Marchand de sable de Hoffmann joue de cette ambiguïté avec un sens aigu de l’image et une mise en scène contemporaine. Les lignes du corps et l’accent mis sur la précision mécanique des gestes rappellent autant la robotique que la photographie de mode, entre chair et métal. Swanilda, la fiancée bien réelle, lutte ainsi contre une rivale irréprochable, qui n’est pas sans rappeler l’amante algorithmique de Her.
Sous les dehors légers du ballet de Delibes, cette Coppélia devient une comédie un brin sarcastique sur nos propres aveuglements modernes : préférer une représentation lisse à l’imparfaite authenticité du réel. Un I, Robot avec des collants, porté par le Ballet national de Lituanie.
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