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Giselle, de Rome au Palais des Congrès : les fantômes d’un amour encore bien vivant

DANSE – Giselle par le Ballet de l’Opéra de Rome est présenté au Palais des Congrès de Paris, laissant une impression plutôt vivante de notre Wili préférée.

Ce soir du 28 juin 2026, la distribution est assurée par Marianna Suriano (danseuse principale de l’Opéra National de Rome) dans le rôle de Giselle et Michele Satriano (également danseur principal de l’Opéra National de Rome) dans celui d’Albrecht. L’orchestre sert avec éclat la partition d’Adolphe Adam, porté notamment par des vents d’une grande finesse, presque narratifs dans leur manière de respirer avec la danse. Il mérite clairement sa présence sur scène au moment du salut.

Vous connaissez l’histoire : Giselle, jeune paysanne au cœur trop vaste pour ce monde, tombe éperdument amoureuse d’Albrecht ; noble discret mais déjà promis à la princesse Bathilde. La trahison est brutale, et Giselle bascule dans la folie avant de danser jusqu’à la mort.

Albrecht apparaît d’emblée comme trop sûr de lui pour être innocent très longtemps, mais encore assez élégant pour qu’on lui pardonne avant la fin. Sa trajectoire dramatique est ici encore déjà en germe : du séducteur insouciant au prince du repentir, il traverse le ballet comme on traverse une mauvaise décision dont on comprend trop tard la portée. Giselle, de son côté, possède une technique indéniable et une vraie prestance scénique. Pourtant, dans ce premier acte, elle semble parfois courir après son propre destin, comme si la naïveté avait déjà raté son entrée. Tout est là, mais légèrement trop pressé : l’amour, la joie, et même la chute. Attention à la musicalité, souvent en avance.

Le second acte transforme la scène en monde suspendu. Le corps de ballet atteint une unité remarquable : les Wilis ne dansent plus, elles respirent ensemble, comme une seule pensée nocturne. La Reine impose une autorité silencieuse, glacée, implacable, qui organise l’espace autant qu’elle le domine. Bravo à toutes les danseuses et au répétiteur pour leur fabuleux travail de coordination, d’une exigence telle qu’il en devient presque invisible (tandis qu’à l’Opéra National de Paris, l’excellence des étoiles contraste parfois avec une cohésion plus inégale du corps de ballet).

Et puis Albrecht revient en prince repentir. Sa métamorphose est lisible dans chaque mouvement : de l’être détestable du premier acte à l’homme brisé du second, il construit une ligne dramatique d’une grande cohérence. Ses sauts, amples et légers, semblent contredire la gravité autant que ses propres erreurs, comme si le ciel acceptait enfin de lui accorder un sursis. Giselle, désormais spectre, conserve malgré tout une présence étonnamment vivante. Là où l’on attend l’effacement, elle choisit encore la vie ; ou du moins son souvenir vibrant. Cette tension donne à son interprétation une étrangeté touchante, entre apparition et obstination. Les sauts sont atténués et les petites menées maîtrisées. Rien à redire sur la technique.

Ensemble, ils composent un final à la fois tendre, tragique et légèrement ironique : celui d’un amour qui continue de danser même après avoir tout perdu, à aimer et pardonner malgré la trahison préméditée, comme si la poésie refusait obstinément de tirer le rideau. Pourtant, encore une femme est morte !

À Lire également : Giselle à l’Opéra de Finlande, tous les mêmes !
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