COMPTE-RENDU — Ce mercredi 3 juin, à l’Opéra de Rennes, l’Orchestre National de Bretagne propose un programme ambitieux réunissant Camille Pépin, Chostakovitch et Beethoven. Sur le papier, l’affiche a tout d’un grand concert symphonique de fin de saison. Dans la salle pourtant, un autre élément s’impose progressivement comme le véritable fil rouge de la soirée : la proximité.
Dès les premières mesures d’Un monde nouveau de Camille Pépin, le ton est donné. Les dissonances n’attendent pas poliment leur tour. Elles surgissent immédiatement, sans détour, plongeant le public directement dans cet univers orchestral vibrant et coloré. Pas d’introduction prudente : l’œuvre entre en matière comme on ouvre la porte à des amis venus prendre l’apéritif chez nous. Ça fait du bien de se retrouver !
La raison du plus proche est toujours la meilleure
Microphone à la main, Nicolas Ellis s’adresse au public. Et soudain, l’Opéra de Rennes ressemble presque à une salle nord-américaine. Anecdotes, humour, décontraction : le chef présente le programme avec une aisance rare dans les salles françaises. Il plaisante, fait rire la salle, raconte une histoire inspirée des Fables de La Fontaine pour encourager les spectateurs à revenir la saison prochaine. Nous l’allons montrer tout à l’heure !
Le résultat est immédiat : la distance habituelle entre scène et salle disparaît. On comprend rapidement pourquoi cette pratique est si répandue outre-Atlantique. Là où certaines institutions européennes continuent à protéger le concert derrière un certain cérémonial, Nicolas Ellis transforme la soirée en expérience partagée. Le public n’assiste plus seulement à un concert : il participe à une conversation, comme à la maison.
Pas de chichi entre nous
L’arrivée de Louis Lortie pour le Concerto pour piano n°2 de Chostakovitch réchauffe davantage l’atmosphère. L’œuvre dévoile des visages très différents au fil de ses mouvements, passant de l’ironie à la légèreté, de l’énergie à une forme de tendresse inattendue. Après l’entracte, la Symphonie n°3 « Héroïque » de Beethoven démarre avec la même énergie que celle qui traverse toute la soirée. Le public est particulièrement réceptif et accueille ces deux compositeurs comme de bons vieux copains.
Et chose suffisamment rare pour être signalée : les applaudissements éclatent entre les mouvements. Une fois, puis deux, puis plusieurs fois au cours de la soirée. Dans certaines grandes salles françaises — disons, à quelques centaines de kilomètres à l’est de Rennes — quelques regards assassins auraient probablement déjà fusillé les fautifs. Ici, personne ne semble s’en émouvoir. Pas de manières entre nous !
Instant émotion
Mais l’instant le plus marquant n’est finalement pas musical. Avant les dernières pages de la saison, Nicolas Ellis reprend une nouvelle fois le micro. Le ton se fait alors plus grave lorsque le chef annonce le départ d’Olivier Chauvet, second violon de l’orchestre et figure historique de l’institution (qui est une grande famille, rappelons-le).
L’histoire résume à elle seule une partie de l’aventure musicale bretonne : présent dès l’Orchestre de la Ville de Rennes à la fin des années 1980, il participe ensuite à la naissance de l’Orchestre National de Bretagne et y demeure jusqu’à aujourd’hui. L’émotion gagne encore en intensité lorsqu’est rappelée la présence, dans les cors, du propre fils du musicien. Pour une soirée placée sous le signe de la proximité, difficile d’imaginer conclusion plus juste.
Un concert à la bonne franquette
Entre les œuvres de Camille Pépin, Chostakovitch et Beethoven, ce concert de l’Orchestre National de Bretagne rappelle finalement quelque chose de simple : la musique symphonique peut être majestueuse sans être intimidante. Et parfois, un chef d’orchestre peut faire presque autant pour rapprocher le public de la musique qu’une symphonie entière. La prochaine fois, on ramènera peut-être un petit plat !
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