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Jets de couleurs au musée d’Orsay, Renoir et Van Gogh aux manettes

COMPTE-RENDU — Écouter un tableau et observer la musique. Inutile de soumettre une question, l’expérience proposée par l’Orchestre de chambre de Paris au musée d’Orsay fait mouche. Entre Stravinsky, Saint-Saëns, Thierry Escaich et l’univers pictural de Renoir, la soirée fut on ne peut plus mémorable.

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock et Anastasia Kobekina © Laetitia Striffling / musée d’Orsay
Dernière étape avant le lavomatic

Les pots de peinture sont de sortie au musée d’Orsay, et attention aux jets de couleurs intempestifs ! Renoir, comme son nom ne l’indique pas, va colorer le public, qu’il le veuille ou non, avec ses complices musiciens. Des tableaux pleins de mouvements, de corps qui dansent, de conversations, de guinguettes et de fêtes populaires, sauront faire écho à Stravinsky et sa Pulcinella. Ou l’inverse ?
Le chef du soir, Thomas Hengelbrock, sera notre maître d’œuvre. L’Orchestre de chambre de Paris tiendra les pots des mille couleurs, et sa créativité est sans limites. Place au bonheur, aux contrastes, à la lumière. En un mot, à la fête !

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock et Anastasia Kobekina © Laetitia Striffling / musée d’Orsay
Le test ultime de daltonisme

Le projet de Thierry Escaich nommé Tableaux symphoniques, avec Anastasia Kobekina au violoncelle, et au pinceau, est explosif. Un geste d’un côté, un élan ailleurs, que de mouvements imprévisibles et riches. Le fond blanc disparaît très vite, la palette se vide rapidement. Les yeux des spectateurs commencent déjà à fatiguer, tant il y a de détails.
Le compositeur construit une véritable dramaturgie sonore du tableau avec son orchestre qui n’a besoin que d’un geste pour se lâcher. On peut lui faire confiance.

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock et Anastasia Kobekina © Laetitia Striffling / musée d’Orsay
La fête est terminée

Cela finit toujours par arriver : lorsque les enfants font trop de bruit, les parents grondent. Le père Van Gogh coupe la musique et confisque le matériel, pour nous exposer ses tourments. Escaich exécute ses volontés et demande à ses musiciens-peintres d’appuyer plus fort sur le pinceau. Des gestes brusques, au risque de percer la toile ou de s’arracher l’oreille. Ça se bouscule de tous les côtés, la crainte du choc frontal est bien là. Seule la lumière résiste dans toute cette violence, cette fidèle compagne du peintre néerlandais, qui se refuse à tout mettre dans le même panier. Tant mieux pour le moral des troupes.

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock et Anastasia Kobekina © Laetitia Striffling / musée d’Orsay
Le moment de se recoiffer

Imbibé de couleurs de la tête aux pieds, le public sort de la salle rassasié, souhaitant régler son téléphone sur le mode sombre. Plus aucun moyen de savoir d’où provenaient les couleurs : de l’oreille ou des yeux ? Tout s’est assemblé, la tête a été accaparée, le cœur comblé. Avec un léger coup de pouce, la peinture se rappelle à nous avec un mégaphone. La beauté est là, songez simplement à lui prêter un œil. Sinon ça va barder.

Orchestre de Chambre de Paris, Thomas Hengelbrock et Anastasia Kobekina © Laetitia Striffling / musée d’Orsay
À Lire également : Angelin Preljocaj à Orsay, une nuit au musée
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