COMPTE-RENDU – Pour ouvrir son festival ManiFeste avec le SWR Vokalensemble Stuttgart dirigé par Yuval Weinberg entre électronique et diffusions sonores, l’Ircam nous a fait parvenir une série de règles pour cette saison. Son objectif ? Renverser la table, briser les barrières et initier une révolution musicale dont le public ne se relèvera pas !
Dès les premières minutes, c’est la cohue : le chœur ne se contente pas seulement de chanter mais envahit progressivement l’espace comme une foule insurgée. Les voix circulent, se superposent, se déplacent. Le son cesse rapidement d’être frontal pour devenir environnement. Vous croyez entendre de la musique religieuse ? Raté : aussitôt quelque chose de beaucoup plus profane apparaît. Vous l’aurez compris, les sons déferlent de partout (serait-ce de la musique électronique qu’on entend ?) et simultanément. L’ouverture du festival ressemble moins à un concert qu’à la prise de la Bastille… Et on exagère à peine !
Règle n°1 : abolir les frontières
La première règle de ce manifeste révolutionnaire est à inscrire dans le marbre : mettre à bat les frontières sonores. La citoyenne Justė Janulytė pousse particulièrement loin cette idée avec Iridescence. Construite autour d’une immense onde sonore en transformation permanente, l’œuvre fait progressivement disparaître les contours habituels du chœur.
Les voix tournent, montent, descendent, épaississent la texture jusqu’à créer cette étrange sensation : ne plus savoir précisément où commence la voix humaine et où finit l’électronique. Au milieu de cette perte de repères, le texte lui-même prend son indépendance : privé de consonnes, répété comme un mantra, il cesse d’être langage pour devenir matière sonore (pourquoi ce privilège ne reviendrait qu’à la musique ?).

Règle n°2 : regarder une étoile
Le texte fondateur utilisé par la citoyenne Janulytė pose pour principe inaliénable les étoiles et les rayons. Un narrateur observe la lumière traverser un petit trou dans le ciel, tout en constatant qu’il n’est « pas très heureux ». Quelque chose doit changer et une nouvelle règle est à inscrire dans nos cahiers de doléances.
Car cette nouvelle musique doit regarder ailleurs : vers le ciel, vers l’espace, vers des endroits très éloignés du concert traditionnel. Le résultat possède quelque chose d’immersif, presque méditatif, mais aussi légèrement inquiétant. Comme si l’on assistait simultanément à une cérémonie ancienne et à une transmission venue d’un futur encore imprécis, une promesse de liberté !

Règle n°3 : rester ouvert
À la sortie, une question demeure chez les esprits les plus conservateurs : que cherchait exactement à manifester ce concert ? Une nouvelle manière d’écouter ? Une nouvelle relation à l’espace ? Une dissolution des frontières entre acoustique et électronique ?
Peut-être simplement l’idée qu’aujourd’hui, un chœur peut sortir de son cadre et proposer quelque chose d’inédit, de singulier.

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, les anciennes règles à la lanterne ? Quand même pas, mais au fond, pour ouvrir un festival nommé ManiFeste, difficile d’imaginer déclaration plus percutante.
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