AccueilA la UneLes Temps modernes à Monte-Carlo : l'orchestre à la chaîne

Les Temps modernes à Monte-Carlo : l’orchestre à la chaîne

CINÉ-CONCERT — Dans Les Temps modernes, Charlot passe son temps à essayer de suivre une machine qui va trop vite pour lui. Ce mercredi 4 novembre, en la Salle Garnier à Monaco, c’est au tour de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo de se plier à un rythme imposé ! Sous la direction de Frank Strobel, les musiciens accompagnent en direct le film de Charles Chaplin. Avec une différence de taille : cette fois, personne ne doit se laisser dépasser par la machine.

Une mécanique bien huilée

Le défi est moins visible qu’il n’y paraît, c’est dire (et c’est voir) ! Devant Frank Strobel, un écran installé à proximité de sa partition lui permet de suivre le film tout en dirigeant l’orchestre. Car ici, impossible de ralentir une phrase à sa guise ou de prolonger un silence : les images continuent, imperturbables.

Chaque intervention doit donc trouver sa place dans une mécanique où le chef ne contrôle plus entièrement le temps. L’orchestre accompagne les gestes, les courses, les catastrophes et les moments de tendresse de Charlot avec une précision qui finit presque par faire oublier la difficulté de l’exercice.

Et c’est peut-être là le paradoxe du ciné-concert : plus la synchronisation fonctionne, moins on remarque ceux qui la rendent possible.

Le cinéma vole la vedette

À mesure que la projection avance, les rires gagnent la salle. Le public se laisse progressivement absorber par les aventures de Charlot, au point que l’orchestre, pourtant bien présent, semble parfois relégué au second plan.

Difficile, en effet, de détacher les yeux de l’écran. Mais cette concurrence entre l’image et la musique révèle aussi leur complémentarité : la partition de Chaplin, jouée en direct, épouse le mouvement des corps et donne une autre dimension aux situations comiques.

Le film lui-même joue avec cette relation. Dernière apparition de Charlot au cinéma, Les Temps modernes est aussi là où Chaplin fait entendre sa voix pour la première fois à l’écran, dans une chanson aux paroles inventées. Une manière de rejoindre le cinéma parlant sans véritablement abandonner le langage universel du muet.

Quant à cette satire du rendement industriel, de la mécanisation et du chômage, elle était à ce point dans l’ère du temps qu’elle avait même valu à Chaplin une accusation de plagiat à sa sortie. Quatre-vingt-dix ans plus tard, son regard sur l’individu broyé par les exigences de productivité conserve une résonance particulière.

La machine et ses musiciens

Le cadre ajoute encore au contraste. Dans la somptueuse Salle Garnier, au cœur du Casino de Monte-Carlo, l’univers des chaînes de montage et des ouvriers épuisés rencontre les dorures d’un théâtre du XIXe siècle.

Mais le véritable rapprochement se joue ailleurs. Sur l’écran, Charlot lutte contre une cadence qui lui échappe. Dans la fosse, Frank Strobel et l’orchestre acceptent eux aussi de suivre un rythme extérieur, avec cette fois une coordination collective qui transforme la contrainte en spectacle.

Au fond, le plus bel hommage à Chaplin est peut-être celui-ci : pendant que le public rit de ses machines infernales, une autre machine, musicale celle-là, fonctionne si bien qu’on en oublie presque de la regarder.

À Lire également : Histoire d’un sourire, Chaplin en ciné-concert
Les Temps modernes en ciné-concert par l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo © Emma Dantec – OPMC Communication
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