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Brahms en 4K : Montpellier voit grand

COMPTE-RENDU – L’Orchestre national Montpellier Occitanie investit l’Opéra Berlioz du Corum pour l’un des monuments du répertoire : Ein deutsches Requiem de Johannes Brahms.

Une machine monumentale contrôlée

Dès l’ouverture, Roderick Cox dévoile la précision de sa direction. Face à une formation de cette ampleur, le chef américain ne se contente pas de battre la mesure : il pilote l’ensemble. Les gestes sont larges lorsqu’il faut faire avancer les grandes masses sonores, plus précis lorsqu’il s’agit d’aller chercher un détail. Surtout, il donne constamment l’impression de connaître chaque intervention de l’orchestre comme du chœur.

Et il en faut du contrôle. Devant lui se déploie un orchestre immense. Derrière lui, deux chœurs réunis occupent une grande partie de la scène. À certains moments, l’ensemble paraît presque démesuré. Mais la machine ne se dérègle pas.

Le requiem qui refuse de déprimer

Le mot « requiem » évoque souvent le deuil, la gravité, voire une certaine noirceur. Brahms prend une autre direction. Son Requiem allemand parle davantage aux vivants qu’aux morts. Par moments, les grandes vagues orchestrales et chorales atteignent une ampleur presque cinématographique. Les cuivres éclatent, les pupitres se répondent, le chœur surgit avec une puissance électrique.

Des solistes qui refusent de céder un centimètre

Dans un tel déploiement sonore, un soliste pourrait facilement disparaître. Ce n’est absolument pas le cas d’Esther Tonea. La soprano s’impose à chacune de ses interventions avec un lyrisme lumineux et une projection qui atteint sans difficulté tous les recoins de la salle.

© OONM

Stéphane Degout répond avec une présence tout aussi impressionnante. Le baryton possède cette capacité rare de faire entendre toute la profondeur de sa voix sans jamais sacrifier la finesse du texte ou de la ligne musicale. Chaque intervention semble dialoguer avec l’orchestre. Il écoute, répond, relance.

© OONM
Le chœur, véritable héros de la soirée

La réussite de la soirée repose néanmoins largement sur le travail choral. Sous la préparation de Noëlle Gény et Gabriel Bourgoin, les forces de Montpellier et de Toulouse fusionnent avec cohérence. Les équilibres entre pupitres semblent naturels malgré l’ampleur des effectifs.

L’intensité est permanente, mais jamais uniforme. Les nuances restent présentes, les contrastes également. Le chœur frappe lorsqu’il le faut, murmure lorsqu’il le faut, et conserve constamment cette impression de puissance maîtrisée qui fait toute la force de l’œuvre.

À un moment du concert, une choriste est victime d’un malaise. Les causes exactes resteront inconnues. Mais vu l’intensité de certains passages, on serait presque tenté d’accuser Brahms lui-même. Presque.

© OONM
Une soirée taillée pour les grandes émotions

Tout dans cette interprétation semble conçu pour voir grand. L’orchestre se démarque par sa clarté, les chœurs remplissent l’espace avec une facilité déconcertante, les solistes s’imposent naturellement au milieu de ce gigantesque plan sonore.

Le résultat est épique, victorieux, parfois même tranchant. Une sorte de Brahms en définition 4K, où chaque détail reste perceptible malgré l’ampleur du tableau.

À la sortie, difficile de ne pas constater que le public a largement adhéré à la proposition. Avec une telle puissance de feu orchestrale et chorale, l’Opéra Berlioz offre une soirée qui rappelle pourquoi Ein deutsches Requiem demeure l’un des sommets absolus du répertoire.

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