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3S : Une réflexion chorégraphique dans l’air du temps, par Sidi Larbi Cherkaoui

DANSE – Donné en ce moment à la Philharmonie de Paris, le nouveau spectacle de Sidi Larbi Cherkaoui était très attendu en France. Et pour cause il compte parmi les figures phares de la danse contemporaine.

Sidi Larbi Cherkaoui

Depuis sa révélation au grand public en 2000 pour sa pièce d’envergure Rien de rien, lauréate de plusieurs prix, Sidi Larbi Cherkaoui n’a cessé de créer plus d’une cinquantaine de pièces dont le très remarqué et revisité Boléro de Ravel commande de l’Opéra de Paris en 2013. Il s’essaye même au cinéma en 2012 pour chorégraphier les scènes de danse du film Anna Karenine de Joe Wright. Fruit de deux cultures par son père marocain et sa mère belge, ses créations ont presque toujours pour thème l’exploration de l’identité multiculturelle autant que la diversité de notre monde où des danseurs de différentes cultures se rencontrent et se nourrissent des différences des uns et des autres. « Je crois que tous les êtres humains sont métissés, portent en eux plusieurs cultures, se transforment durant toute leur vie, au contact d’autres personnes ou des œuvres d’art » commente Sidi Larbi Cherkaoui. 

Sidi Larbi Cherkaoui ©BELGA PHOTO THIERRY ROGE
La danse aussi se met à l’hybride !

Créé en 2020 pour le festival italien Torinodanza, son nouveau spectacle 3S illustre une fois de plus cette hybridation des modes d’expression (danse, chant & vidéo) et des diversités multiculturelles et transcontinentales (Japon, Colombie, Australie). Plus habitué à des chorégraphies de groupe, Sidi Larbi Cherkaoui innove ici avec des chorégraphies solos, imposées par le cadre sanitaire très strict de la pandémie de Covid-19 : « A ce moment-là, j’avais seulement le droit de travailler avec un danseur ou une danseuse à la fois. Mon travail est vraiment fondé sur le relationnel, le collectif, l’échange à plusieurs. Je n’avais pas du tout l’expérience d’une pareille situation ». 

3S est ainsi composé de trois solos conçus avec trois danseurs de trois pays différents : la danseuse australienne Nicola Leahey, le danseur japonais Kazutomi « Tsuki » Kozuki – associés de longue date – et le danseur colombien Jean Michel Sinisterra Munoz. Les trois danseurs évoquent chacun à leur tour, trois drames qui ont frappé leur pays d’origine : la déforestation abusive des forêts australiennes par les multinationales, les répercussions des catastrophes nucléaires au Japon sur le corps et la terre et les ravages de la guerilla en Colombie en écho avec la guerre civile en Syrie.

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Agir sur le monde ?

Ces trois grands sujets d’actualité liés par des lignes invisibles à travers les continents, nous touchent tous. Ils causent aussi bien des dommages visibles et invisibles souvent irréversibles sur nous que sur cette planète terre. Avec son spectacle, Sidi Larbi Cherkaoui pose alors la question fondamentale : Dans quel monde vivons-nous et pouvons-nous agir à notre niveau ? Ce spectacle est dans l’ère du temps et reflète la prise de conscience collective sur l’importance d’agir pour la planète aujourd’hui et maintenant et d’exiger de nos gouvernements des mesures concrètes avant qu’il ne soit trop tard. 

Kazutomi « Tsuki » Kozuki ©Filip van Roe

Ces trois solos de danses sont accompagnés par les voies de trois chanteuses et musiciennes, elles aussi originaire de trois pays différents Ghalia Benali (Tunisie), Patrizia Bovi (Italie) et Tsubasa Hori (Japon). Lors du troisième solo, Ghalia Benali surgit comme une déesse mythologique en résonnance avec les mots brûlants de la défunte poétesse aborigène et militante écologiste Alice Eather : « People ask me for my story but my story is your story ».

 

Video à l’appui

3 S c’est aussi trois modes d’expression, ce n’est pas seulement la danse et le chant mais c’est avant tout une création vidéo originale de la cinéaste Sabine Groenewegen qui éclipse bien trop souvent la danse et le chant. Cette vidéo, fil conducteur de 3S est peuplée à la fois d’images splendides d’océans et des forêts comme une trêve dans ce monde cruel, et d’images anxiogènes issues de documentaires où s’expriment des protagonistes sur l’inquiétude grandissante face à un avenir sombre. Parfois la vidéo s’interrompt pour laisser place au moment présent par l’ajout d’images filmées en direct sur le plateau pour nous rappeler que c’est avant tout de danse qu’il s’agit. 

Jean Michel Sinisterra Munoz ©Filip van Roe

L’ombre noire du suicide est omniprésente sur scène en prenant des formes différentes plus ou moins explicites comme l’évocation du suicide de la poétesse Alice Eather à la toute fin, déclenchant un peu un choc chez le spectateur. On se demande alors pourquoi cette femme si brillante a renoncé à vivre. Mais malgré l’évocation d’un contexte anxiogène, 3 S est avant tout une célébration de la rage de vivre avec une rare puissance expressive par une profusion de sons et d’images. Il n’est jamais trop tard pour agir comme l’affirme si bien Sidi Larbi Cherkaoui.  « Chaque individu doit user de sa faculté aussi petite soit-elle à agir dans le monde pour s’opposer à certaines choses, pour ne pas subir les évènements ».

Nicola Leahey ©Flip van Roe
Cinq sur cinq

Cependant, on pourra reprocher à cette nouvelle création la difficulté de focaliser son regard sur la danse tant la force du propos de la vidéo éclipse tout. Mais finalement il ne s’agit peut-être que du prix à payer pour faire passer le message de façon explicite de la poétesse Warsan Shire : « When the planet is in pain, we are in pain » : lorsque la planète souffre, c’est nous qui souffrons. Vous l’avez compris, 3S est une œuvre mosaïque fusion de trois modes d’expression où la danse passe en second plan face à la brutalité des images diffusées et des réflexions philosophiques sous-jacentes. Mais le plus important, au final c’est que le message est bien passé : nous pouvons tous agir à notre niveau pour sauver notre chère planète. Avec 3S, Sidi Larbi Cherkaoui montre qu’il n’a aujourd’hui plus rien à prouver d’un point de vue chorégraphique et qu’il a le pouvoir de faire changer les mentalités par la fusion des modes d’expression quitte à reléguer la danse au second plan. Pari tenu, on ressort de la salle chamboulé avec une réelle volonté de faire bouger les choses sans se poser la question de savoir si on a aimé ou pas ! 

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