AccueilA la UneL’Affaire Couperin, nouveau thriller des Arts Florissants

L’Affaire Couperin, nouveau thriller des Arts Florissants

FESTIVAL – Quand un morceau de Couperin, présenté dans le programme, est abandonné au dernier moment, c’est tout le public qui s’émeut. La qualité de ce concert donné dans le cadre du Festival Dans les Jardins de William Christie permettra-t-elle d’étouffer cette « affaire » ?

Avis de recherche : si vous avez aperçu cet homme, signalez-le ! ©DR

21h23. Le couperet est tombé. Le Couperin aussi. William Christie, fondateur des Arts Florissants et du Festival Dans les Jardins de William Christie annonce au public du concert Affetto e affetti, centré sur la figure d’Arcangelo Corelli et donné avec le violoniste Emmanuel Resche-Caserta, que la dernière pièce du programme, le Premier concert Royal de Couperin, ne sera pas présentée. En cause, une incompatibilité entre le style français et le style italien présenté précédemment. Une longue et intense rumeur monte du public. Pourquoi cette décision de dernière minute, alors que ce programme a déjà été donné il y a un mois au Québec ? Que penser du programme de salle qui appuie justement sur la filiation entre Couperin et Corelli ? Pourquoi ne pas le donner en bis, moment particulièrement adapté aux changements de style ? On ne saura jamais. Manifestement étonné de la tournure que prend l’évènement, le maestro réclame le silence, avant d’entamer une Sonate de Veracini, autre disciple de Corelli.

Le décor du drame. Quelque part entre Mort sur le Nil et Le Vallon… © Les Arts Florissants

20h31. Remontons au début de l’affaire. Le premier violon des Arts Flo, Emmanuel Resche-Caserta entre dans l’église de Saint-Juire-Champgillon, en compagnie de William Christie. Ce dernier s’installe au clavecin. À angle droit avec ce premier clavier est installé un orgue, afin que le musicien puisse alterner facilement entre les deux instruments, tout au long de la soirée. Très souriant à son entrée, il se concentre : son visage se ferme. Son œil pointe vers son partenaire, prêt à démarrer. Le violoniste prend une profonde respiration et lance la soirée musicale. Son instrument posé sur l’épaule, d’un air détaché, il produit un son appuyé, dansant presque sur lui-même. Aucun des protagonistes de la soirée ne laisse entrevoir le moindre signe d’inquiétude quant à la disparition mystérieuse de Couperin…

20h59. Good cop, bad cop… Entre deux mouvements d’une sonate de Corelli, quelques applaudissements émanent du public. D’un geste ferme de chef d’orchestre, William Christie ramène le silence. L’orgue se fait alors large et chaud, plus sombre, aussi. Le violoniste construit quant à lui ses harmonies par un jeu en doubles cordes. 

21h12. Après avoir joué un morceau d’Isabella Leonarda, première femme à avoir publié une pièce pour violon en 1693, le duo entame une sonate d’Élisabeth Jacquet de la Guerre, son alter égo française. Est-elle complice de l’enlèvement de son compatriote Couperin ? Vont-elles faire chanter les musiciens pour récupérer la rançon ? Ce qui est sûr c’est que ce soir, sur scène, il y a bien des maîtres, mais pas de chanteur : le seul jeu à bouche est celui de l’orgue qui produit d’abord un son flûté. Au clavecin, les doigts de William Christie construisent un phrasé fluide et pétillant, ressemblant même parfois au son d’un théorbe. Le violon d’Emmanuel Resche-Caserta dessine des arabesques, avec une grande virtuosité : le phrasé est sculpté avec musicalité malgré la grande rapidité d’exécution. Bien que placé devant son partenaire de jeu, il lance régulièrement des regards rapides vers ce dernier, afin de maintenir une connexion constante entre les deux instruments. 

Élisabeth Jacquet de la Guerre : kicéça ?

21h33. La sonate de Veracini est achevée. Un « Bravo ! » résonne dans l’église, avant que les applaudissements ne s’élèvent du public enthousiaste. William Christie et Emmanuel Resche-Caserta se congratulent, tout sourires. Le public, encore ébloui par tant de virtuosité, réclame un bis. 

21h41. Au jeu à bouche de l’orgue succède alors un jeu à hanche dans Haendel, joué en rappel. Les sonorités des deux instruments, menés avec vigueur, se marient avec grâce. Le public a même droit à un second retour des artistes pour une reprise d’un mouvement de la sonate de Corelli, mais jouée cette fois au clavecin et non à l’orgue. Emmanuel Resche-Caserta ayant laissé, après avoir salué, son violon dans la sacristie qui sert de coulisses, doit retourner le chercher. 

À lire également : Festin d’arts bucoliques dans les jardins florissants de William Christie

22h09. C’est le luth final. Le concert du soir achevé, vient la méditation menée par Thomas Dunford. Le concept de ces moments musicaux est expliqué au public : afin de se plonger dans un état méditatif propice à un sommeil réparateur après une riche journée de musique, cet ultime concert est donné dans un silence total, sans le moindre applaudissement. Le public applaudit ces quelques mots. Le théorbiste entre, s’assied et démarre son programme. Malgré un objet qui tombe, une gorge raclée, un ventre qui gargouille, une chaise traînée et même une sonnerie de téléphone qui rompent le silence, il offre un moment de grâce. Sa joue caressant l’instrument posé sur ses jambes croisées, il gratte ses cordes avec une infinie douceur, mais une vitesse d’exécution qui donne l’impression que sa main droite dispose de plus de cinq doigts. Une fois les dernières notes achevées, un spectateur trop enthousiaste oublie les consignes et applaudit vigoureusement. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Mais cette méditation aura eu le mérite de faire oublier la disparition mystérieuse de Couperin, pour ce soir. Affaire à suivre…

William Christie et Emmanuel Resche-Caserta, complices… © JGazeau
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1 COMMENTAIRE

  1. Rajeunir et booster (vous aimez tant les anglicismes…) la musique classique, c’est une bonne intention, Mais le résultat m’énerve, si d’autres adoooooooooooorent;
    Classykeo, je trouve ce nom affreux, entre la machine à café et la maison de retraite, surtout ce Y comme yankee. Et cet article m’énerve aussi, scénarisation gratuite d’un changement de programme comme il en survient très souvent.
    Bien sûr, on louange le vieux potentat Christie qui n’a jamais été un bon claveciniste et se refait un bain de jouvence avec de brillants jeunes gens.
    Mais parler d’un « jeu à Hanche » sur l’orgue? Pénible bévue au milieu de plates remarques, du genre – les musiciens se regardent pour maintenir la connexion – et de plaisanteries de bistrot du genre  » Vont-elles faire chanter les musiciens pour récupérer la rançon ? »
    Je crois bien que je vais me désabonner…

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