Sentinelles : copains sur la touche…

THÉÂTRE MUSICAL – Au Théâtre du Rond-Point, Jean-François Sivadier met en scène une de ses pièces phares : Sentinelles, qui raconte l’histoire d’amitié de trois pianistes virtuoses dont un seul deviendra connu. Au fil des musiques de Bach, Chopin, Rachmaninov et Chostakovitch (mais sans aucun piano à l’horizon) ils s’affrontent, se déchirent et s’aiment tendrement. Une pièce bouleversante qui nous donne une belle leçon sur l’amitié et nous questionne sur notre rapport à l’art. 

Piano trio

Pour écrire cette pièce, Jean-François Sivadier s’est inspiré d’un roman de Thomas Bernhard, Le Naufragé, qui interroge la relation d’amitié d’un trio de solistes dominé par Glenn Gould, qui est probablement l’un des plus grands pianistes du XXème siècle et dont la notoriété a dépassé celle du monde des mélomanes. Trois jeunes pianistes virtuoses Mathis (Vincent Guédon), Swan (Samy Zerrouki) et Raphaël (Julien Romelard) se rencontrent à l’adolescence et deviennent inséparables. Reçus dans une illustre école de musique, ils y passent trois ans avant de se présenter à un concours international de piano à Moscou, qui les séparera pour toujours. Sur eux plane l’ombre d’une certaine Sarah Stensen, pianiste à la renommée internationale, mère cruelle avec son fils prodigue Mathis et enseignante bienveillante de Swan.

Sans ivoire

Tout commence par l’interview d’un virtuose du piano (Mathis) par le directeur d’une école de musique, Raphaël, devant un amphi bondé d’étudiants (nous le public du Théâtre Rond-Point). Ils ont partagé la même passion pour le piano et ont l’air de bien se connaître : ils se taquinent avec des tirades. Le public rit. Aucun piano à l’horizon, car le metteur en scène voulait que l’instrument soit “évoqué, convoqué, représenté de toutes les manières possibles” mais pas concrètement. Et pourtant la musique arrive, par une bande-son enregistrée (Glenn Gould, Alexandre Tharaud ou Martha Argerich) ou par les mots, quand Raphaël nous évoque l’émotion que lui procure le Prélude n°9, opus 34 de Chostakovitch. La musique est partout dans tous les mots, et nous bouleverse. La mise en scène est épurée : une grande toile blanche par terre sur laquelle trônent trois chaises, une table et des partitions. Tout est fait pour se focaliser sur le texte drôle et puissant. 

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Les concours, ça déchire !

Interprétée par trois acteurs impeccables et magistraux, la dernière scène du concours à Moscou est bouleversante : des jeux de lumières pour seul décor, et les artistes s’affrontent par quelques pas de danse accompagnant la musique. Les noms s’affichent, mais à la fin il n’en restera qu’un. Le gagnant, qui pourtant ce n’est pas celui dont la carrière décollera. La vie est parfois cruelle… Raphael conclura alors le spectacle par « À l’instant où le monde a découvert Mathis, nous l’avons perdu me dis-je. Mathis s’est évaporé sous le baiser trop rude du monde extérieur. » 

© Jean-Louis Fernandez
Débat public

Les trois personnalités bien différentes des amis sont l’occasion de confronter trois visions de l’art différentes. Jean-François Sivadier a imaginé ce qu’il appelle trois formes de courants artistiques comme trois couleurs, comme trois mouvements. Une bonne matière à penser :

  • Swan ne parle que de la beauté de l’art et comment elle peut transcender notre vie et nous apporter de la joie. La musique est devenue un DIEU qu’il vénère.
  • Pour Raphaël, l’art est politique sinon il n’est rien. Il doit « soulager les peines de l’existence humaine » et changer le monde. Pour Mathis, génie du piano, l’art est une quête personnelle introspective complètement apolitique : l’art pour l’art se suffit à lui-même et permet d’exprimer ses émotions.
  • Mathis se donne corps et âme à la musique comme le cultissime Glenn Gould qui renonça à la scène à 32 ans pour éviter de se compromettre et se consacrer uniquement à l’enregistrement en studio. 
© Jean-Louis Fernandez

Les dialogues vifs et puissants et les prises de position tranchées de ces trois pianistes donneront lieu à des débats sur des sujets aussi divers que le supposé conformisme un peu niais de Mozart : “Mozart c’est du sucre, ça flatte le palais mais ça détruit la santé”, ou l’importance ou non de porter un smoking pour un opéra. Les sujets sont sur la table : discutez !

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