AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseAssembly hall : les chevaliers de la table grondent

Assembly hall : les chevaliers de la table grondent

DANSE – Quand des chevaliers de pacotille envahissent une salle des fêtes et que l’on glisse doucement de la réalité vers le rêve, on obtient une comédie dansante loufoque complètement barrée signée par le tandem canadien Crystal Pite & Jonathon Young. Écartelé entre l’univers des années sixties et les croisades du roi Arthur version Monty Python, on se paume parfois dans ce récit qui fonce à tout allure, entre danse et parole. 

Le Pitch : (d)rôlistes

Un groupe de fans de reconstitutions médiévales se réunissent pour une assemblée générale annuelle dans leur salle des fêtes pour discuter de leur évènement de fin d’année « Quest Fest », une reconstitution historique d’une bataille légendaire mais aussi de la dissolution de l’association qui périclite. Ils manquent de moyen pour leur spectacle (qui sera leur dernier) et pour rénover une salle qui tombe en ruine : diminution du nombre de participants mais surtout accumulation des dettes. Bref c’est le serpent qui se mord la queue. Il faut un changement radical, mais rien ne va se passer comme prévu…

La réunion avance et la fiction prend le pas sur le réel, les esprits des anciennes quêtes commencent à sortir du placard et à posséder les corps des participants. La frontière entre réel et imaginaire s’efface, paumant au passage quelques spectateurs dans la salle… Le président se prend pour le roi Arthur, la trésorière pour une princesse en détresse dont l’amant s’est fait assassiner par un chevalier, la vice-présidente pour un brave guerrier et on en passe … Mais derrière tout ça Jonathon Young nous questionne sur ce qui « pousse les humains à se réunir. Le plaisir de s’associer dans le partage des valeurs ou d’une passion relève-t-il d’une simple quête sociale ou révèle-t-il un besoin plus profond ? ». Bref en d’autres termes, on assiste à une confrontation de l’individuel et du collectif. 

© Michael Slobodian
Monty Python 2.0

Connues mondialement pour leurs spectacles hybrides entre danse et théâtre, Jonathon Young en résidence à la compagnie Kidd Pivot, signe sa troisième collaboration avec la chorégraphe Chrystal Pite, décrite par le journal britannique The Guardian comme un « génie de la danse du 21ᵉ siècle ». Le décor nous met direct dans l’ambiance des séries américaines avec cette petite salle des fêtes provinciale qui sert à la fois pour le sport, le théâtre et la réunion des anciens : au fond une petite scène avec des rideaux rouges épais, un panier de basket fixé juste au-dessus, deux portes des deux côtés et des chaises d’écoliers en bois et métal. Une femme arrive, voit un homme au sol et tente de le réanimer en s’amusant avec son corps de pantin désarticulé. Drôle de manière de réveiller un mort… À partir de là, les tableaux s’enchaînent les uns après les autres : ils sont plus ou moins drôles, esthétiques, dansés mais tous complètement absurdes, ça c’est sûr !

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Côté dialogues, on est proche mais en beaucoup moins marrant du Sacré Graal ! des Monty Pythonqui parodie la légende du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde à la quête du Graal. On pourrait même se passer de ces dialogues en playback, pouvant surprendre le public dans les premiers instants. On a un peu l’impression d’être en compagnie d’acteurs possédés façon L’exorciste

Et la danse dans tout ça ?

Heureusement que Chrystal Pite est là pour nous chorégraphier de beaux moments de batailles avec une performance époustouflante de la troupe de danseurs qui sont passés rois dans l’art du mime mais aussi dans les pas de deux et les grands mouvements d’ensemble. On retrouve beaucoup l’influence de Pina Bausch, qui était la reine pour faire virer des situations réalistes vers de l’absurde. Certaines scènes de danse sont très belles comme le duo entre la princesse et le chevalier dans une forêt avec de la brume, prouvant tout le génie scénographique de Pite.  

© Michael Slobodian

Totalement barré, Assembly Hall peut diviser : il séduira les amateurs d’humour anglo-saxon et des Monty Python mais un peu moins les amateurs de la danse qui s’y perdront parfois sans ressentir la force envoûtante et sensuelle de « The Seasons’ Canon ».  Mais on retiendra tous la prouesse technique des danseurs, marionnettes désarticulées dans les mains d’esprits chevaleresques qui les hantent.   

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