AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseLes Chatouilles : le passé sous silence

Les Chatouilles : le passé sous silence

DANSE – Un solo touchant, poignant, parfois drôle mais surtout nécessaire sur l’histoire d’une jeune femme rescapée d’abus sexuel et qui trouvera son salut dans la danse. Après les révélations récentes de Judith Godrèche, Chatouilles aborde un sujet qui s’inscrit plus que jamais dans l’actualité, portée par une Andréa Bescond magistrale, plus forte que jamais et qui donne tout à son public. Une pièce à voir d’urgence au Théâtre de l’Atelier jusqu’au 1er juin.

Dix ans après sa création au Festival d’Avignon et le triomphe qui s’en suivit, de nombreux prix dont le Molière du Seul(e) en Scène 2016, et une adaptation au cinéma en 2018 (deux Césars dont celui de la meilleure adaptation et de meilleure actrice dans un second rôle, pour Karine Viard), Les Chatouilles ou la danse de la colère revient au théâtre de l’Atelier pour une quinzaine de représentations avec une Andréa Bescond sensationnelle sous la direction de son ancien compagnon Eric Métayer. 

L’humour est la politesse du désespoir

Pour ceux qui seraient passés à côté de ce sujet d’actualité, Les Chatouilles, c’est l’histoire d’Odette, cette jeune femme en proie à des crises d’angoisses, car à l’âge de 8 ans, elle a subi les abus sexuels récurrents par l’un des « amis » de ses parents, Gilbert, qui qualifiait ses viols de « chatouilles ». Sa mère n’a rien vu, ou n’a pas voulu voir… Elle mettra des années avant de porter plainte et de régler ses comptes avec sa mère. Une enfance volée et brisée. Mais cette héroïne des temps modernes s’en sortira grâce à la danse, après quelques passages difficiles avec beaucoup de drogues et d’alcool pour s’anesthésier. 

Sur une scène épurée comportant uniquement une chaise blanche, Andréa Bescond, danseuse et comédienne, exorcise les démons de son passé. Elle nous donne tout et ne nous épargne aucun détails, sans jamais tomber dans le pathos. La grande force de ce spectacle, c’est de parler d’un sujet aussi grave en le ponctuant de moments drôles pour relâcher la pression. Celui de la préparation d’un gala de fin d’année avec des enfants, par exemple. Et pour cela, Andréa Bescond n’hésite pas à incarner plus d’une vingtaine de personnages de la prof de danse vieillissante au flic, à Gilbert, son pote Manu, sa mère, Odette et bien d’autres encore. 

© Claude Pocobene
Chorégraphie d’une survie

Quand les mots viennent à manquer, la danse prend le relais pour Andréa Bescond. C’est ainsi qu’elle raconte comment cet art l’a sauvée. La danse, une passion qui la consume dès son enfance. A l’âge de 12 ans, elle intègre l’école internationale Rosella Hightower loin de sa famille, et surtout de son agresseur. Une première bouée de sauvetage. En 1998, après une formation au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, elle remporte le Prix Espoir du Grand Concours International de Paris. Touche à tout, elle explore la danse sous toutes ses facettes, du classique au krump en passant le contemporain, le modern-jazz ou encore le hip-hop. 

Ce soir, il ne s’agit pas d’une performance classique de danse même si elle est omniprésente pour décrire l’indescriptible. Un cours de barre donné par une vieille professeure de danse, des pirouettes sur des airs de comédies musicales auxquelles elle a participé comme Roméo & Juliette ou encore Les 10 Commandements : les passages dansés subliment sa douleur et expriment les émotions qui la traversent : fragilité, colère, haine ou encore résilience. 

© Claude Pocobene
Pas de quoi fouetter un (entre)chat

Alors elle danse sans cesse, en fait même son métier. Elle ne s’assied sur la chaise que pour mimer un trajet en bus lors d’une tournée. Et même là, en faisant semblant de dormir, elle arrive à avoir quelques soubresauts. Chez sa psy, la danse devient même violente : elle frappe son torse et effectue des révérences colériques lorsque sa mère la traite de menteuse et de folle lui lançant cette phrase terrible pour clore tout débat et minimiser les violences sexuelles subies : « Il n’y a pas de quoi fouetter un chat ». Comment répondre à cela, si ce n’est par le corps lui-même ? 

© Claude Pocobene

Quand il s’agit de donner un prénom à son double, elle choisit tout naturellement Odette, le prénom du gentil cygne du Lac des Cygnes. Et pour protecteur imaginaire, qui de mieux que le grand Rudolph Noureev, dont l’affiche trône dans sa minuscule chambre de pensionnat ? Il devient le confident de sa détresse émotionnelle. Vous l’avez compris, la danse pour André Bescond est bien plus qu’une simple passion : c’est un langage à part entière qui lui a permis de s’exprimer, de se reconstruire mais surtout de guérir.  

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Libération en action

Dix ans après sa création, Les Chatouilles continue de toucher le public en plein cœur, un public qui n’a pas hésité à ovationner Andréa Bescond pendant une dizaine de minutes. Il faut saluer le grand courage de l’actrice, qui, bien avant le mouvement #MeToo, avait osé dénoncer les ravages engendrés par les abus sexuels. Sa pièce salvatrice a permis à de nombreuses victimes de violence de libérer la parole. L’actrice elle-même, à chaque représentation ou presque, constate qu’une personne du public vient lui révéler avoir aussi été victime. Un combat politique qui est loin d’être fini et qui s’inscrit plus que jamais dans l’actualité, comme le montre les révélations récentes de Judith Godrèche aux Césars. Une pièce à voir absolument par tous, pour que la honte change de camp. 

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