AccueilDisquesDisques - InstrumentalLe duo Shum : en piste pour le grand voyage !

Le duo Shum : en piste pour le grand voyage !

DISQUE – Mon premier est une pianiste canado-ukrainienne. Mon second, une violoncelliste franco- russe. Mon troisième est un duo détonant et bourré de talent, qu’aucun défi technique ne rebute. Mon tout est un premier album conçu comme un voyage, et qui devrait en effet ouvrir de nouveaux horizons à deux jeunes artistes qui comptent bien se faire entendre.

Shum ! À vos souhaits…

Forcément, rien qu’un nom pareil, ça vous nourrit déjà une curiosité : « Shum ». À vos souhaits ? Non, à leur souhait, plutôt : celui de deux amies, la violoncelliste Lisa Strauss et la pianiste Anastasia Rizikov, de rendre hommage à leurs origines slaves communes à travers ce mot « Shum », donc, signifiant « Bruit » dans leurs langues natales. Et comme il pourrait en faire, du bruit, le premier disque de ce jeune duo de choc, qui affiche là un talent déjà fort mature mais surtout une audace à toute épreuve.

© Classykêo

Car, pour construire cet opus parrainé par la Fondation Gautier Capuçon (sorti chez Erato), les deux complices de 26 ans n’ont pas fait le choix de la facilité. Le bruit courait déjà, auprès de ceux qui avaient déjà pu les entendre en concert (comme Classykêo à Gstaad en janvier), que ce binôme avait de l’aplomb ? C’est chose confirmée avec le programme concocté dans cet album, brassant un répertoire allant de la fin du XIXè à l’époque moderne, et qui offre de découvrir des compositeurs et des compositions méconnues et rarement entendues à vrai dire. Parce que leur interprétation relève d’une difficulté sans nom ?

Dans ma valise, il y a…

Dans l’ordre, il y a d’abord le très contemporain Fazil Say, avec sa sonate Four cities, déambulation au cœur de quatre villes turques aux ambiances diverses. Ici le mystère peu rassurant de sombres ruelles, là le brouhaha des hommes et des usines, et puis les sonorités jazzys émanant de quelques bars interlopes. Viennent ensuite Myroslav Skoryk (Mélodie en la mineur) et Mykola Lysenko (Rhapsodie n°2 pour piano seul), compositeurs ukrainiens d’aujourd’hui et d’hier mais dont les partitions aux accents patriotiques ont une même résonance toute particulière depuis les événements que l’on sait. Rachmaninov, avec sa fameuse Vocalise, Bartók et ses Danses roumaines folkloriques, ainsi que le plus confidentiel compositeur russe Alfred Schnittke, avec son très torturé Concerto pour violoncelle, complètent le programme. Sans oublier d’ultimes notes invitant cette fois à se tourner vers l’Europe du Nord, celles de l’Estonien Arvo Pärt et de son incontournable Spiegel im Spiegel.

Une seule patrie : musique !

Un programme ayant pour fil rouge des compositions à la fibre patriotique certaine (teintée d’amour, de douleur ou de nostalgie), mais aussi donc un niveau élevé de difficulté d’exécution. Et pourtant, dans ce disque à la qualité d’enregistrement irréprochable mettant pareillement en valeur les deux instruments, tout semble si simple pour les deux artistes. Au piano, Anastasia Rizikov se montre d’une maîtrise technique infaillible, qu’il faille caresser le clavier avec des manières de virtuose, à peine effleurer les touches pour faire susurrer les notes, ou bien les martyriser pour obtenir des fortissimo disant la violence et la colère.

Ce piano là ne joue pas. Il raconte, confié aux mains d’une artiste comme habitée par ce slave répertoire. Imprégnée par cette musique, Lisa Strauss l’est tout autant. La violoncelliste fait à l’envi chanter, crier, pleurer son violoncelle, avec un vibrato généreux et par des variations de coups d’archet et des manières d’appuyer sur les cordes toujours savamment dosées, se rapprochant davantage du chevalet lorsque nécessaire pour obtenir des sonorités encore plus ténébreuses. Sans compter ces pizzicati venant faire claquer les cordes sur la touche, là aussi pour dire la violence et la brutalité d’atmosphères ici dépeintes dans leur essence la plus crue.

À lire également : Duo Shum, ça décoiffe ! 

Un album comme une immersion, donc, où un duo à la limpide complicité fait de chaque piste un instant saisissant, envoûtant, et déroutant aussi à l’écoute d’une technique de jeu aussi aboutie pour un si jeune âge. Alors, pour ce premier album, il faut bien sûr trinquer : à Shum ! Et souhaiter, déjà, un prochain album ?

C’est pour qui ?
  • Pour les amateurs de contrées lointaines, qui ne seront pas déçus du voyage…musical
  • Pour ceux qu’un café dosette ne suffit pas à réveiller, le matin : un petit deuxième mouvement des Four Cities de Fazil Say (la plage 2), et hop, c’est la pêche assurée !
  • Pour ceux qui douteraient encore que le violoncelle est l’un des instruments se rapprochant le plus de la voix humaine : là, c’est flagrant, tant le cello chante.
Pourquoi on aime ?
  • Parce que quand ces deux artistes là auront une carrière internationale, dans quelques années, on pourra dire, à table, qu’on se rappelle bien de ce premier CD.
  • Parce que fermer les yeux, et écouter le Spiegel im spiegel tel qu’ici interprété, est unebulle de douceur qui tourne au luxe dans ce monde trop troublé.
  • Parce que ce disque aborde un répertoire fait d’inédit et de découverte, qui démontreaussi que la musique classique sait encore et toujours se réinventer.
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