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Journal de bord d’un apprenti festivalier

MON CHER JOURNAL – Je m’apprête à aller au Festival de Pontoise pour la première fois. J’en ai entendu parler à de diverses occasions lors de dîners en ville, au détour de conversations enjouées entre amateurs de musique. Il faut dire que c’est intriguant : un Festival de musique, au début de l’automne, dans le Vexin, qui propose un mélange explosif des genres : des ensembles de musique ancienne qui font se rencontrer des compositions médiévales, renaissance ou baroque, avec des pièces liturgiques, de la musique traditionnelle, folklorique, ou régionale. Tout ça a l’air fort appétissant…

samedi 12 octobre – 16h38

Mon cher journal,
Me voilà parti sur mon scooter en direction du Théâtre de Jouy-le-Moutier. Mon GPS m’indique 32 km et 40 minutes. Le nez au vent, bien emmitouflé dans mes gants et mon écharpe : le vent frais de début octobre est cinglant.

samedi 12 octobre – 17h15

Mon cher journal,
Me voici en rase campagne. Autour de moi des champs, des fermes et quelques vaches. J’oublie parfois qu’il suffit d’une demi-heure de route pour renouer avec la nature et le bon air. Je me demande quand même s’il y aura assez d’afficionados dans le coin pour aller écouter un samedi à 18h dans le théâtre d’une petite ville un programme consacré à Georg Philipp Telemann (1681-1767) et aux mélodies populaires polonaises….

samedi 12 octobre – 17h42

Mon cher journal,
Me voici arrivé au Théâtre de Jouy-le-Moutier. L’extérieur à l’air austère, mais l’intérieur est tout ce qu’il y a de moderne et fonctionnel : un grand plateau, des sièges gradinés confortables, des instruments anciens dispersés sur scène sous des faisceaux de lumière mystérieux, et surtout une salle bien remplie (à vue de nez au moins 300 personnes) qui frémit d’impatience. Je me dis que le Festival a ses adeptes, qu’il sait rassembler et fidéliser son public.

samedi 12 octobre – 18h09


Mon cher journal,
Le concert est commencé. Dans la pénombre, les 9 Musiciens de St Julien ont envahi le plateau par l’arrière de la salle au son des violons et d’une étonnante cornemuse. Ils ont l’air d’être éminemment complices et de connaitre leur programme sur le bout des doigts. Il faut dire qu’il l’ont enregistré en studio, et ça se sent : ils regardent à peine leurs partitions.

© Festival Baroque de Pontoise
samedi 12 octobre – 18h27


Mon cher journal,
Ce programme est vraiment enthousiasmant. Déjà, les musiciens sont stupéfiants de technicité et d’écoute collective. Et puis, quelle riche idée d’avoir concocté un programme basé sur le voyage de Telemann en Pologne en 1730, dont il a ramené des notes et des manuscrits qui lui ont servi pour composer des suites, le tout agrémenté de pièces populaires d’Europe centrale. On passe de la Moravie à la Slovaquie, en passant par la région de Kurpie en Pologne. C’est à la fois simple et entêtant, joyeux et douloureusement nostalgique, mélodieux et sobre.

samedi 12 octobre – 18h34

Mon cher journal,

  • Il faut quand même que je te parle des instruments utilisés pour ce programme original : Hélène Richaud chante (d’une voix de miel) des mélopées balkaniques et joue du violoncelle. Josef Zak et Amarylis Billet sont les deux violonistes de l’ensemble, tels deux tziganes endiablés égarés dans le Val d’Oise, accompagnés par l’alto de Sophie Iwamura et par Chloé Lucas à la contrebasse.
  • Lurie Morar joue du cymbalum, un instrument dont l’origine est commune avec celle du Santour d’Iran, une de caisse de résonance en bois en forme de trapèze (en fait une sorte de grande cithare). Il se sert de maillets dont la tête est recouverte de coton pour frapper les cordes. Le tout donne aux pièces d’ensemble une étrange et délicieuse coloration persane ou indienne. J’ai presque l’impression de sentir du safran ou de la cardamonne dans la salle….
  • Pierre Rigopoulos est le percussionniste de l’ensemble, et alterne avec une fausse désinvolture et une précision manifeste zarb, davoul, sargatte et autres percussions diverses.

Mais à la tête de cet ensemble dont la complicité et la joie de faire de la musique ensemble transpirent à chaque instant, il y a un chef, François Lazarévitch, qui est aussi chercheur et surtout flûtiste (mais entendez par là toute la famille des flûtes (frula, fluier, flûte traversière) et même au-delà (cornemuses). D’un simple inflexion de la tête ou du doigt, il entraine ses joyeux compagnons dans des sarabandes rythmés, ou bien dans des balades traditionnelles alanguies et suspendues, ou dans des suites pour orchestre enfiévrés et chaloupées. Il survole le tout de son souffle infini, avec un sens du phrasé qui emporte avec lui ses acolytes.

À lire également : 
samedi 12 octobre – 19h06


Mon cher journal,
Ça fait plus d’une heure que ces diablotins enchainent les pièces et je ne vois pas le temps passer. Leur virtuosité est évidente, mais c’est surtout leur joie communicative à restituer ce répertoire rare et entrainant qui réchauffe le coeur et l’âme. Ils ont l’air de tellement connaitre les inflexions de leurs partenaires que c’est un bonheur de les voir se sourire et respirer de concert tout en jouant.

samedi 12 octobre – 19h28


Mon cher journal,
Après près d’une heure trente de programme et trois bis (dont une mélodie grecque et une roumaine), les musiciens saluent, fourbus. Le public, touché par leur enthousiasme communicatif, la précision de leur jeu, l’originalité du programme et l’ambiance festive qu’il s’en dégage, applaudit à tout rompre pendant de longues minutes.

samedi 12 octobre – 20h12


Mon cher journal,
Je rentre vers Paris dans le crépuscule automnal. L’A15 est saturée en ce samedi soir et un vilain crachin vient de commencer à tomber, mais ce n’est pas grave. J’ai l’âme remplie de toutes ces mélodies de Bohème, de Hongrie, de Silésie, et je fredonne sur mon scooter malgré le froid : Bravo et merci aux Musiciens de Saint Julien !

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