PIANO – Salle Cortot, Illia Ovcharenko, jeune pianiste ukrainien, construit un récital en hommage aux compositeurs de son pays, tout en ouvrant une fenêtre sur des œuvres françaises contemporaines. Avec un programme exigeant et varié, ce concert illustre la richesse du répertoire ukrainien et sa capacité à dialoguer avec d’autres univers musicaux.
Une mémoire ukrainienne
Le programme s’ouvre sur des pièces de Sergei Bortkiewicz, où la subtilité du toucher d’Ovcharenko met en valeur des sonorités élégantes et parfois teintées de jazz. Dans l’Étude Op.29 n°3, les notes semblent glisser avec fluidité, comme si elles dansaient, entre discrétion et mouvement. Les Deux Klavierstücke Op.65 dévoilent des contrastes marqués : un premier mouvement puissant et frontal, presque mordant, suivi d’un deuxième tout en retenue, où l’évidence mélodique laisse place à un mystère plus diffus.
Avec les Préludes Op.44 de Borys Lyatoshynsky, Ovcharenko plonge dans un univers plus sombre. Le premier prélude, lourd et agressif, résonne comme un cri brut, tandis que le deuxième allège soudain l’atmosphère avec des textures aériennes, presque oniriques. Le troisième revient à une tension plus diffuse, oscillant entre incertitude et détermination, sans jamais rompre l’équilibre délicat.
Prokofiev : Monet, monet, monet
La Sonate n°6 de Prokofiev forme un pivot central du concert, alliant les influences classiques à une modernité acerbe. Ovcharenko joue ici sur la mécanique rythmique et les dynamiques extrêmes, révélant une œuvre tantôt martiale, tantôt presque chaotique. Le troisième mouvement se distingue par son exubérance, une virtuosité technique qui n’éclipse jamais la profondeur des contrastes internes à la pièce. Dans le dernier mouvement, la texture devient plus souple, presque impressionniste, comme une peinture de Monet où chaque trait s’imbrique pour composer une fresque sonore.
Gallerie d’art contemporain
La soirée inclut également deux œuvres de Régis Campo, compositeur français présent dans la salle ce soir-là. Dans Starry Night, inspirée par Van Gogh, le piano explore des textures simples et lumineuses. Les phrases mélodiques, épurées et franches, évoquent un ciel étoilé dans sa sérénité. Avec Toccata simpatica, dédiée à l’Ukraine, Campo joue sur des motifs rythmiques ludiques, proches de la danse, qui contrastent avec l’intensité plus sombre des œuvres ukrainiennes du programme.
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En guise de bis, deux œuvres contrastées finissent de captiver le public déjà touché : la Polonaise héroïque de Chopin, interprétée avec une articulation claire et énergique, et une courte pièce de Levko Revutsky, compositeur ukrainien, marquant un retour aux racines du concert, ce qui est très apprécié par le public.

