Orlando fait son musée : curieux ?

OPÉRA – Orlando au théâtre du Châtelet sur une mise en scène de Jeanne Desoubeaux, ou quand la Nuit au musée rencontre Haendel et les Talens Lyriques … On en parle !

Le rideau est tombé, et avec lui une question persiste: Orlando, que veux-tu vraiment nous raconter ?

Musée de la musique

Ça, on a beaucoup aimé ta musique, sois-en certain. Elisabeth de Shong (Medoro) illumine le plateau, d’un timbre remarquablement chaud et doux, et d’une interprétation toujours chargée d’émotions. La Dorinda de Giulia Semeznato est superbe, tableau revenu à la vie, au soprano comme sorti d’un rêve. Katarina Bradic (Orlando), malgré une grippe tenace, brille par son agilité vocale et sa présence scénique, notamment dans sa folie du deuxième acte. Quant aux Talens Lyriques sous la baguette de Christophe Rousset, ils sont à la hauteur de leur réputation : délicats, incisifs, inspirés. Et la direction de ce dernier toujours au service de la partition, recréant de son bras l’âme du Orlando Furioso.

© Thomas Amouroux
Muse en scène

Mais l’adaptation scénique de cette partition nous laisse… perplexes. L’idée d’une ambiance « nuit au musée », signée Cécile Trémolières, avait pourtant tout pour séduire. Les décors, modernes et élégants, servent bien cette atmosphère muséale, d’abord très concrète, puis presque irréelle à mesure qu’Orlando plonge dans ses délires. Et puis il y a ces enfants, charmants et étonnants, dont la fraîcheur et la spontanéité ajoutent une touche poétique bienvenue.

© Thomas Amouroux

Mais, et tu nous en vois navrés, tout ne s’accorde pas. Les doublures enfantines, bien que touchantes, rendent certains tableaux nébuleux, peu lisibles. Et que dire du rythme de narration, lent, presque monocorde (ce dont Haendel est en partie responsable, on te l’accorde)? Ce premier acte, très descriptif, en aura assoupi plus d’un. Quant à Zoroastro, interprété par Riccardo Novaro, il manque un peu de cette aura magique et puissante qui donne son souffle à l’histoire. L’intention de mise en scène était d’éviter le côté “dépoussiérage” d’un opéra un peu endormi… Et on se demande encore si c’est un pari réussi.

À lire également : Une Nuit au musée Garnier avec Jules César et Cléopâtre

Orlando divise, et il suffit de tendre l’oreille à la sortie de la salle pour s’en rendre compte : chacun y va de son commentaire, et personne ne semble du même avis. Alors il n’y a qu’une injonction qui s’impose : allez voir, et décidez par vous-même…

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