DISQUE — La claveciniste Lillian Gordis poursuit son exploration de Bach dans un double CD en forme de triptyque. Elle invite nous à une écoute attentive et apaisée.
La musique accompagne Lillian Gordis depuis l’enfance : d’abord le piano puis très vite le clavecin qui devient son langage. Jean-Sébastien Bach s’impose comme une présence constante, fascinante sans être immédiatement saisissable. Comme ces paysages – visibles dans le livret – vastes et changeants de l’Amérique du Nord, qu’elle photographie, l’œuvre de Bach suspend le temps autant qu’elle ouvre l’imaginaire. Comme un aperçu de l’infinité des choix qui s’offrent à nous, la musicienne propose dans cet enregistrement publié chez Artalinna une rencontre intime avec un compositeur inépuisable, et qui n’a pourtant pas fini de nous ravir.
Le son au plus près du geste
S’attaquer à Bach au disque n’a rien d’anodin. Mais Lillian Gordis assume ce moment comme une photographie personnelle, appelée à évoluer. La « Partita n°6 » devient ainsi une retrouvaille avec un compagnon longtemps laissé de côté, faute de maturité peut-être. La prise de son d’Aline Blondiau, très proche, rend cette expérience presque tactile : le frottement de la plume sur la corde, la naissance du son du clavecin de Philippe Humeau, tout est perceptible. La résonance de l’église Doopsgezind de Haarlem enveloppe l’ensemble avec une juste mesure. Le timbre se révèle limpide, lumineux, d’une homogénéité précieuse sur toute la tessiture.
Polyphonie en mouvement
Le discours de l’interprète frappe par sa clarté. La polyphonie, omniprésente, est pensée avec une conscience aiguë des lignes, notamment dans le « Prélude et Fugue » du « Clavier bien tempéré » (Livre II) ou la « Suite anglaise n°6 ». Dès le prélude, la direction musicale s’impose : fluide, constante, sans heurt ni précipitation. Le rythme devient expressivité, la respiration s’inscrit naturellement dans la ligne, même lorsque celle-ci semble ininterrompue.
C’est là toute l’intelligence de Lillian Gordis : faire naître une évidence dans la fidélité au texte. Son agilité impressionne mais aussi les mouvements dansés en passant par l’élan vif.
Pourquoi on aime ?
- Une lecture limpide et profondément habitée de Bach
- Une prise de son immersive, tactile même
- Un équilibre rare entre rigueur et liberté
C’est pour qui ?
- Les amateurs de clavecin et de Bach exigeants
- Ceux qui aiment les interprétations sensibles et réfléchies
- Les auditeurs en quête d’une écoute intérieure voire méditative
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Photo de Une : © Artalinna

