AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueLa Belle Hélène : l'Olympe de Marseille

La Belle Hélène : l’Olympe de Marseille

OPÉRA – L’Opéra de Marseille, tel un oracle inspiré par Dionysos lui-même, convoque les mortels au Théâtre de l’Odéon pour assister à La Belle Hélène, opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach : une épopée lyrique où les voix du Chœur Phocéen résonnent comme les oracles de Delphes, sans besoin de trépied ni de fumées sacrées, accompagnées par l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, sous la baguette du chef d’orchestre Didier Benetti.

La mise en scène de Bernard Pisani reste fidèle à l’esprit de l’Antiquité : colonnes majestueuses, toges virevoltantes et sandales ailées au programme ! Ajoutez à ça les décors de l’Opéra de Marseille et les costumes de l’Opéra de Nice, et nous voilà plongés en plein mythe… du moins, si Homère avait eu un penchant pour les calembours et les blagues anachroniques. Le public marseillais assiste ainsi à une odyssée complètement déjantée, remplie de chants, de danses et de calembours dignes des meilleurs sophistes !

Satyre-day night fever

Car oui, ici, on ne se contente pas de ressusciter la Grèce antique : on la bouscule ! Les dialogues sont aussi aiguisés qu’un glaive spartiate et les références modernes fusent plus vite qu’un char de guerre lancé à pleine vitesse. Qui aurait cru que les Grecs de l’époque s’amusaient déjà à inventer des charades sur l’Airbus A380 entre deux sacrifices à Poséidon ? Et qu’Agamemnon lui-même avait prévu la dissolution de l’Assemblée avant même que Macron n’y pense ? Il faut croire que les Grecs ont toujours eu un temps d’avance…

Des héros taillés dans le marbre (ou presque)

Le Chœur Phocéen, dans le rôle du peuple de Sparte (et autres figurants mythologiques), nous gratifie d’un chant puissant et homogène, à la hauteur des grandes tragédies grecques… si celles-ci incluaient des danses joviales et des interactions pleines de malice avec les personnages principaux ! Dès qu’ils entonnent leurs chants, c’est toute une atmosphère festive et délirante qui envahit la scène, transformant l’opéra-bouffe en véritable dionysie musicale.

Du côté de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, sous la direction du chef d’orchestre Didier Benetti (qui, heureusement, manie mieux la baguette que le glaive), la musique s’élève comme une offrande aux dieux, riche, colorée et dynamique. Bien que légèrement étouffés par l’espace restreint des instrumentistes, les musiciens tissent un fond sonore éclatant qui soutient l’humour de la mise en scène et amplifie chaque rebondissement avec une expressivité divine.

OM : l’Olympe de Marseille

Sortez vos lyres, affûtez vos dithyrambes et accrochez-vous à vos toges : La belle Hélène débarque avec un casting digne du Mont Olympe ! La première à enjôler les garçons avec de drôles de façons, c’est Laurence Janot, qui incarne notre Hélène nationale avec autant de panache qu’une prêtresse d’Apollon jonglant entre grâce divine et quiproquos olympiens. Elle charme, elle fascine, elle fait tourner les têtes plus vite que Méduse… Mais toujours avec humour et élégance ! Sa voix chaude et lumineuse se déploie comme une offrande aux dieux, des aigus maîtrisés aux vocalises ciselées, rendant chaque vers aussi clair que l’oracle de Delphes après un jeûne bien reposant.

© Christian Dresse

Pâris – Marseille : le classico

Et que serait Hélène sans son Pâris, son doux rêve d’amour ? Ici, le beau berger en mission divine est campé par Matthieu Justine, qui nous livre un prince troyen aussi rusé qu’Ulysse et aussi charmant qu’un Dionysos, en pleine tournée des tavernes. Sa voix charnue et agile traverse la scène avec aisance, même si, lors du fameux Jugement de Pâris et à la fin de son duo avec Hélène, un petit coup de tonnerre supplémentaire de Zeus n’aurait pas été de trop.

Quant à Oreste, le fiston d’Agamemnon, c’est le ténor Alfred Bironien qui s’en empare avec l’entrain d’un satyre après trois coupes de vin. Véritable feu follet scénique, il saute, danse et virevolte avec l’énergie d’un hoplite en pleine bataille (mais nettement plus joyeux). Son sourire éclatant et son air innocent rendent son personnage aussi attachant qu’un Cupidon en pleine mission. Et sa voix ? Aussi claire et sonore qu’un discours de Périclès sur l’Agora, remplissant la salle avec aisance, que ce soit en chant ou en parole.

Dans le rôle du roi des rois Agamemnon, c’est un baryton barbu qui s’avance. Marc Barrard arrive sur scène avec l’assurance d’un roi prêt à en découdre… enfin, après un petit temps d’échauffement. Un début légèrement en décalage avec l’orchestre ? Pas grave ! Comme tout bon stratège mycénien, il reprend vite le contrôle et nous livre un Agamemnon à la voix aussi large que ses ambitions et aussi caverneuse que le fond du Tartare. Imposant, souverain, il en impose plus qu’un colosse de Rhodes en pleine lumière.

À ses côtés, le Grand Augure Calchas, incarné par Philippe Ermelier, semble avoir reçu l’inspiration divine en direct du temple de Delphes. Avec son charisme débordant et une voix sombre et puissante, il prophétise des éclats de rire en cascade et ne manque pas de faire trembler les murs… de rire !

© Christian Dresse

Dans la catégorie des héros légendaires, Frédéric Cornille s’empare du bouillant Achille avec la force d’un grand myrmidon en pleine bataille, mais version comique. Sa voix large et percutante est à l’image de son personnage : un guerrier qui fonce tête baissée, avec la puissance d’une catapulte et l’intellect d’un ménestrel distrait. Résultat ? Un Achille aussi hilarant que vaillant, qui ne craint ni les lances, ni le ridicule !

Quant à Ménélas, l’époux de la reine, il est confié à Jean-Claude Calon, qui ne brille pas forcément par son chant (notamment dans le trio patriotique)… mais plutôt par une belle prestation d’acteur ! Entre mimiques expressives et répliques bien senties, il compose un Ménélas aussi attendrissant que cocasse, déclenchant des rires aussi francs que les foudres de Zeus.

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Cette Belle Hélène, façon Marseille, est une véritable bacchanale drolatique où l’on trinque à la gloire d’Offenbach avec des coupes pleines… de fous rires ! L’illusion de la Grèce antique est si réussie que la température ambiante de la salle n’a rien à envier aux feux de l’Hélios en pleine canicule athénienne. Mais qu’importe la fournaise spartiate : le public, conquis, acclame les artistes avec l’enthousiasme d’un chœur de tragédie en plein dithyrambe, les rappelant sur scène encore et encore, comme si les dieux eux-mêmes exigeaient un dernier rappel ! Les artistes répondent donc à cet enthousiasme avec deux bis.

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