CONCERT- Après La Halle aux Grains de Toulouse et avant d’entamer une tournée de sept dates en Allemagne, Tarmo Peltokoski et son Orchestre national du Capitole de Toulouse se sont arrêtés le temps d’une soirée mémorable à la Philharmonie de Paris, avec le concours de Sol Gabetta au violoncelle.
À quelques semaines de son 25ème anniversaire, le chef finlandais Tarmo Peltokoski a démontré lors de ce concert que malgré sa jeunesse il ne reculait pas devant les défis et les contrastes les plus affirmés en abordant les sommets parmi les plus vertigineux de la musique.
Un Faune aux aguets
Ouvrant le concert, le Prélude à l’Après-midi d’un Faune de Claude Debussy a livré ses sortilèges et ses plus infinis raffinements sous la baguette toute en poésie, en retenue aussi, de Tarmo Peltokoski. La flûte enchanteresse de Mélisande Daudet survole cette magnifique page orchestrale qui paraît ainsi émerger d’un rêve solaire. Le decrescendo final joue sur la somptuosité des timbres de l’orchestre et sur un apparat de nuances infinies. Un soupçon de volupté plus affirmée, voire même d’érotisme sous-jacent, pourraient être cependant introduite par le chef. Mais le Faune est bien ici aux aguets des nymphes et des naïades de Stéphane Mallarmé.

Sol Gabetta, héroïne tragique
En contraste vigoureux avec Debussy, le concert enchaîne sur Schelomo, Rhapsodie hébraïque pour violoncelle solo et grand orchestre d’Ernest Bloch. Les trois mouvements enchaînés vont chercher loin dans les moyens sonores de l’orchestre qui s’exalte dans les puissants et grandioses fortissimos dont la partition est parsemée. Le personnage central de Salomon Roi d’Israël s’exprime par le violoncelle. Sol Gabetta extrait de son instrument de 1730 une sonorité étonnante : une rare plénitude du grave à l’aigu, toujours d’une grande beauté et d’une virtuosité transcendantale. Son interprétation est presque tragique, douloureuse et sublime.

Le bis sera plus méditatif : Prière, d’Ernest Bloch toujours, première des trois pièces intitulées From Jewish life du compositeur.
Titanesque

Pour la Première Symphonie de Gustav Mahler dite Titan, Tarmo Pelkokoski suit à la lettre les indications du compositeur, avec ce premier mouvement lent et empli des bruits de la nature, presque étiré vers un final éclatant. Il use de l’art du pianissimo avec une délectation qui emporte l’auditeur presque au bord de l’audible. Au second mouvement pleinement maîtrisé, succède le fameux troisième qui s’ouvre par le fameux solo de contrebasse, ici confié et magnifiquement détaillé par Pierre Héquet. À ce mouvement qui suit son chemin pas à pas, sorte de marche funèbre sur le thème de Frère Jacques, vient s’enchainer sans aucune transition le puissant final qui s’ouvre sur une sorte de cataclysme musical. L’Orchestre National du Capitole de Toulouse resplendit de mille feux : chaque musicien donne le meilleur de lui-même. Comme voulu par Mahler, les cors très sollicités se lèvent tous ensemble pour leur dernière et décisive intervention.
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L’ovation du public de la Philharmonie de Paris s’est avérée à la hauteur de l’événement et consacre tant le chef que son orchestre.

