FESTIVAL – Le nouveau Festival international à Stuttgart est consacré à Bach et l’Amérique latine, alors même en Allemagne et quand menace la neige, c’est le Pérou !
Sur un air latino, je ressens le tempo
Qui a dit que Stuttgart et même Bach ne pouvaient pas rimer avec exotisme ? La Bachakademie ouvre les horizons musicaux bien au-delà de ce que pourrait laisser imaginer le répertoire du Cantor de Leipzig… ou alors ils le prennent justement au pied de la lettre : “Bach” en Allemand, ça veut dire ruisseau et ce ruisseau est si puissant qu’il traverse les siècles et les océans…
Retrouvez sur Ôlyrix nos quatre autres comptes-rendus de ce Festival et vous voyagerez au Brésil, au Guatemala, en Bolivie au Mexique… partout où l’esprit de Bach rayonne dès son temps et à travers les siècles
Et pour conclure un des temps forts centraux de ce Festival qui se déroule du 9 au 23 mars, le Theaterhaus de Stuttgart accueille une Fiesta Peruana !
Cette fête sautillante a été conçue à partir du « Codex Martínez Compañón » (ou « Codex Trujillo del Peru »), de la fin du XVIIIe siècle (celui dont Bach domima la première moitié), rédigé par l’Espagnol Baltasar Martínez Compañón alors évêque de Trujillo, sur la vie de son diocèse.
Effusions et Fusions
Dans de somptueux costumes, reconstitués à partir des dessins anciens du Codex, le « Ballet Folclórico del Perú » fait merveille, sous la houlette de Fabricio Varela Travesi, le chorégraphe imaginatif qui a su présenter des jolis petits moments, parfois narratifs, avec des danses de séduction ou simplement des danses d’agrément, avec d’ingénieuses figures collectives, dans une folle énergie, les talons et les cris des danseuses et des danseurs s’insérant parfaitement dans la musique exécutée ! Les danseuses arborent des sourires ensoleillés, et savent mener leur monde, dans une danse très « terrienne », où elles mêlent grâce et puissance, avec des danseurs très expérimentés, mais qu’elles dominent allègrement…
Fiesta diocésaine du XVIIIe
Les musiques, des chants « populaires » d’amour ou du quotidien, plutôt dansantes, ont été arrangées, dans un souci d’actualisation, par Néstor F. Cortés Garzón, pour son Ensemble « Los Temperamentos », basé à Brême. Ces musiques sont parfois un peu légères en teneur artistique, souvent répétitives, avec des ostinati et de systématiques arrêts brusques (c’est pas le Pérou en somme), avant des re-départs dans un ethos différent, mais elles sont suffisamment charmantes et parfaites pour un bal à l’ancienne !
¡Olé!
Parfois, comme au jazz, on fait applaudir des improvisations de solistes, en particulier celles de l’excellent Sergio Fernández, percussionniste pyrotechnique, qui donne son ossature à la musique déployée toute la soirée. L’ensemble est un peu disparate, mais doté d’une belle énergie, avec un son collectif riche et chatoyant, et un grand souci de variété dans les timbres. Diverses percussions traditionnelles sont ainsi intégrées à l’instrumentarium. Une partie des musiciennes chante des « chorus » en contrepoint des interventions solistes du baryton Jorge Alberto Martìnez, qui assume l’essentiel des parties chantées, avec sa généreuse voix, chaleureuse et expressive, sachant se mettre en retrait quand intervient la danse pour lui laisser l’espace. Il est également percussionniste et dans l’ardeur du jeu il en vient même à briser la mâchoire d’âne sur laquelle il jouait ! Les deux autres chanteuses, sopranos plus que légères, sont parfaites dans les chorus. Un bon point pour le violon nostalgique de Han Sol Lee et le traverso et le piccolo virtuoses, élégiaques ou insolents, d’Anastasia Fedchenko.
La salle comble acclame avec chaleur ce moment latino exotique et poétique à la fois.








© Holger Schneider

