Concert en demie-teinte au Châtelet

CONCERT – Les Folies Musicales au Châtelet, présentées par leur marraine Claire Chazal comme un “festival de musique classique pas très classique”, sont des rencontres alliant répertoire et création, proposées dans une approche moins codifiée et formatée que les concerts traditionnels, pour faire résonner de la musique dans tous les espaces du Théâtre du Châtelet (de la Grande Salle au Grand Foyer en passant par le Salon Nijinski).

C’est dans ce cadre éclectique que Patricia Petibon et l’ensemble Amarilis d’Héloïse Gaillard présentaient ce lundi 24 mars un programme crée au printemps 2023 : Destins de Reines, consacré à trois figures royales de l’histoire européenne : Marie II d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine et l’impératrice romaine et mère de Néron, Agrippine. 

100% séduisant

Le projet était séduisant sur le papier : l’évocation de trois figures de reines très dissemblables dans leur parcours de vie, leur règne et leur fins respectives, réunies par la magie de la musique qui leur a été consacrée par trois compositeurs aussi divers que Purcell, Haendel et Escaich.

Première démarque

La soirée, qui avait tout pour bien se dérouler, à progressivement tourné court…

En guise d’introduction, l’ensemble Amarilis prend place sur le grand plateau dénudé du Théâtre du Châtelet, avec Heloïse Gaillard aux bois (flûte et hautbois baroque), Alice Piérot et Liv Heym au violon et à l’alto, Eleanor Lewis à la viole et au violoncelle, Jeanne Jourquin au clavecin, Yula aux percussions et Daniel de Morais à l’archiluth et à la guitare. 

On connait bien cet ensemble et sa créativité fébrile, son amour du répertoire ancien et l’attention que ses membres mettent à l’élaboration de programmes exigeants et scrupuleusement pensés.

Mais ce type d’effectif chambriste aurait convenu à une salle plus intime, par exemple la Salle Cortot, l’Auditorium du Musée d’Orsay ou une église à l’acoustique flatteuse du type Oratoire du Louvre, ou enfin idéalement l’endroit où le spectacle a été crée à l’Abbaye de Fontevraud. Sur cette scène trop spacieuse et trop vide, malgré la virtuosité de chacun des comparses – Héloïse Gaillard phrase à merveille avec son hautbois, Jeanne Jourquin propose des articulations structurées et sensibles de son jeu suave et enrobant, Yula fait des prouesses rythmiques figuratives avec son gong, ses maracas, son fouet ou son tambourin – le son reste sec et maigrichon, s’évanouissant dans les cintres à peine développé, offrant une sorte d’ossature sans galbe ni fioritures des intermèdes de Purcell qui demandent jovialité et ampleur.

Soldes sur tout le magasin

Du coup, la majestueuse suite instrumentale de The Fairy Queen qui ouvre le bal sonne curieusement plate et manquant d’emphase, et les danses qui suivent ont une vivacité alanguie et un brin fanée malgré la virtuosité des interprètes.

© Bernard Martinez

Parait enfin Patricia Petibon dans une robe d’une blancheur aveuglante d’inspiration mi-renaissance mi-contemporaine, à la fois Ophélie et Reine des Elfes, l’omniprésente frange rousse fixée sous un chignon  audacieux, mais l’air préoccupée. La chanteuse se lance dans une adaptation étrange de l’Ode en l’honneur de l’anniversaire à la Reine Marie de Purcell, mêlée à un poème de Nahum Tate, en choisissant résolument une interprétation décalée et hors-style, rajoutant exagérément de l’air dans la voix, offrant des mélopées sinueuses avec des portamenti surprenants, le tout accompagné d’une gestuelle fantasque et extravagante, se résumant essentiellement à de curieux moulinets des bras, relevant plus du cinéma expressionniste allemand que d’une chorégraphie baroque de Cour adaptée à la séquence musicale qu’elle illustre… 

La maison ne fait pas crédit

En raison d’une gêne vocale évidente (Patricia Petibon buvant et toussotant très fréquemment pendant toute cette première partie), un malaise perceptible s’installe sur le plateau à mesure que le programme se déroule, et notamment pendant la pièce centrale de la soirée, à savoir le Tombeau pour Aliénor (d’Aquitaine) de Thierry Escaich, crée en avril 2023, sur un poème en alexandrins en sept parties d’Olivier Py. Il s’agit plus exactement d’une cantate pour voix et ensemble baroque, à l’instrumentation raffinée dans laquelle s’alternent des parties chantées et parlées. La voix de Petibon est ainsi sollicitée de toutes les manières possibles et imaginables (chant lyrique, sprechgesang, déclamation, murmure, cris), la ligne vocale restant essentiellement inscrite dans le médium dans ce qui pourrait ressembler à une pièce pour mezzo ou contralto (alors que Petibon est à l’origine une soprano légère aux aigus survoltés qui ont fait sa gloire). 

Hélas, point d’aigus scintillants ce soir-là… Au fil des numéros, le médium par trop sollicité se matifie et devient sourd, et les rares aigus se crispent, rendant la ligne et la prononciation aléatoires. Les parties parlées ressemblent de plus en plus à des numéros de cabaret berlinois, et la chanteuse n’étant pas sonorisée et en difficulté vocale de surcroit, un mot sur deux deviennent inaudibles à la fin de la Cantate, notamment dans le dernier mouvement inspiré de Purcell et intitulé Azur….

À voir et à manger

La composition protéiforme d’Escaich ne manque pas d’attraits, constituée de généreuses nappes de cordes savamment superposées et lisses comme un glaçage pâtissier, ornées de leitmotivs colorés au clavecin; à la viole ou à la guitare, eux-même relevés par des motifs de percussions exotiques et lancinantes qui jaillissent puis se noient dans le tapis harmonique sous-jacent. 

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Sur l’écran de fond de scène, une film, mi-clip mi-animation, signé par les vidéastes Camille Della Giustina et Robin Plastre illustre le Tombeau D’Aliénor en superposant des prises du vue d’abbayes médiévales et de gisants avec des scènes filmées dans un bâtiment industriel délabré ou des comédiens jouent avec des étoffes, se faufilent dans les ombres et le éclats de soleil qui passent par les vitraux ou les fenêtres, s’allongent et se relèvent dans une chorégraphie résolument moderne, le tout avec des surimpressions de couleurs vives en une sorte de kaléidoscope chromatique percutant mais assez sibyllin.

Tout doit disparaitre

À la pause, Olivier Py parait sur scène pour annoncer qu’en raison d’une allergie soudaine, Patricia Petibon ne pourra pas assumer la deuxième partie du spectacle (consacrée à Haendel et à l’Impératrice Agrippine avec des extraits de l’opéra seria homonyme ainsi que d’une cantate profane moins connue intitulée Agrippina condotta a morire) et invite le public du parterre et du premier balcon (très clairsemé dès le début de la soirée) à rentrer chez soi, mettant ainsi fin de manière abrupte mais prévisible à cette soirée musicalement hasardeuse, où les protagonistes se sont retrouvés dans l’incapacité d’assumer totalement ce projet copieux et alléchant.

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