AccueilA la UneÀ Colmar, des Chants de l'aube au Nouveau Monde

À Colmar, des Chants de l’aube au Nouveau Monde

FESTIVAL – L’ouverture du Festival International de Colmar dirigé pour une troisième édition par Alain Altinoglu, portée par le souffle de Symphonies d’instruments à vent d’Igor Stravinsky, mène vers Les Chants de l’aube (Concerto pour violoncelle n°2) de Thierry Escaich, et jusqu’à la Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde » d’Antonín Dvořák :

A Whole New World

Lorsqu’Antonín Dvořák, nommé à la tête du Conservatoire National de Musique de New York, aborde en 1892 pour la première fois les rives du Nouveau Monde, il demeure saisi comme des milliers d’autres passagers et surtout de migrants emplis d’espérance de jours meilleurs, par l’envergure et toute la symbolique de la Statue de la Liberté éclairant le monde et qui domine le port de la grande métropole. Savait-il alors que le créateur de cette monumentale statue offerte par la France aux États-Unis d’Amérique se nommait Auguste Bartholdi, qu’il était né à Colmar à quelques pas de l’église Saint-Matthieu où se déroulent notamment des concerts de ce Festival ? Ce rapprochement s’impose en tous les cas en ce premier soir. Surtout qu’Alain Altinoglu et son Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort s’élèvent vers les sommets en se lançant vers l’horizon, par l’interprétation de la Symphonie dite Du Nouveau Monde de Dvorak (créée en 1893). Il en souligne toute l’ardeur épique, l’orchestration rutilante et vibrante, le souffle immédiat, la richesse des thèmes. Le second mouvement Largo laisse entrevoir la diversité des paysages américains, leur grandeur infinie et même une certaine forme de nostalgie que le cor anglais souligne par l’évocation à plusieurs reprises du thème central. Quant au Finale enflammé et à la dimension grandiose, il soulève l’enthousiasme du public subjugué par la plénitude de l’Orchestre et le charisme de son chef. Quelle tendre complicité semble les unir au service unique de la musique ! Alain Altinoglu a toujours le sourire (et par ailleurs la plaisanterie aux lèvres), tout en marquant son autorité naturelle et en amenant par sa vaste battue les musiciens de l’orchestre vers le chemin préalablement sillonné. Il peut même se muer en électricien d’un soir quand les lumières trop fortes éblouissent certains pupitres (il rejoint depuis la scène les techniciens chargés de l’éclairage afin d’obtenir ce qu’il souhaite, le tout sans tension ni bousculade).

© FIC – Bertrand Schmitt

La soirée en forme de voyage est d’autant plus porteuse qu’elle aura commencé par mettre à l’honneur les vents et le regard tourné, au tournant et au début du XXe siècle, vers la modernité, toujours en recherche de sensations nouvelles : avec les courtes Symphonies d’instruments à vent d’Igor Stravinsky dédiées par le compositeur à Claude Debussy alors récemment disparu. Cet hommage met en avant essentiellement les vents qui dialoguent entre eux dans une succession de fragments et de moments sonores, sans forcément recourir à des formes de transitions évidentes ou à une quelconque complémentarité. Ce morceau assez austère voire contemplatif se distingue donc par son architecture singulière et sa modernité. Le voyage parcourt aussi Des Rayons et des Ombres, Le Rivage des Chants, Danse de l’Aube, parties complémentaires des Chants de l’aube de Thierry Escaich créés en 2023 par son dédicataire Gautier Capuçon (au Gewandhaus de Leipzig sous la direction d’Andris Nelsons). Reprise à plusieurs reprises par le soliste, notamment à la Philharmonie de Paris en octobre 2024 pour la création française de l’œuvre avec l’Orchestre de Paris placé sous la baguette d’Aziz Shokhakimov, cette partition fascinante joue sur la tension et l’intensité, l’ombre et la lumière, dans un cadre de textures sonores spatialisées que le violoncelliste solo parcourt dans un dialogue subtil et presque éthéré avec l’orchestre.

Le son du violoncelle en fin de morceau semble se fondre dans l’inconnu, comme s’évaporer dans l’espace. Gautier Capuçon semble comme se nourrir de cette pièce qui lui est dédiée, avec une totale expressivité, toute la profondeur et la chaleur de son jeu et de son instrument qui se livre à lui sans partage et dans tout son rayonnement.

À Lire également : le compte-rendu Ôlyrix du Te Deum pour Notre-Dame de Thierry Eschaich créé le mois dernier avec ce même orchestre et Alain Altinoglu

En bis, Alain Altinoglu au piano et Gautier Capuçon offrent une interprétation particulièrement prégnante d’une mélodie de Gabriel Fauré, Après un rêve, à l’image de cette soirée d’exception qui ouvre avec bonheur et sérénité la nouvelle édition du Festival International de Colmar. Une soirée saluée avec frénésie par un public déchaîné.

© FIC – Bertrand Schmitt
Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]