DANSE – Artiste hip-hop freestyle, Théophile ‘Rokej’ Bensusan présente sa deuxième création avec la compagnie Benthé : « Doom », où quand le breakdance prouve encore le breakthrough scientifique que fut la théorie de la relativité d’Einstein :
Tout concourt dans ce spectacle à offrir ainsi cette nouvelle illustration de la science par l’art : la scénographie et le déroulé du spectacle sont une suite limpide de démonstrations, prouvant ainsi un théorème faisant danser les corps comme autant d’équations vivantes.
Aux tableaux
Un rectangle blanc au sol, un autre en angle droit relevé en son fond : la scénographie minimaliste comme le seront les lumières franches de Cyril Mulon, verticales ou formant une diagonale plantant d’emblée le décor (dans la salle enfumée), se dresse comme un tableau graphique-scientifique pour examiner les 5 danseurs en abscisses, ordonnées et cotes. Ordonnées, les techniques le sont, le « hip-hop freestyle » de Rokej (l’un des 5 danseurs) est un ensemble cohérent, catalogué comme un tableau de Mendeleïev des éléments de cet art, mais pour mieux former des composés organiques : krump, breakdance, popping, locking,… explorant en alternance et synchronisation désarticulation/réarticulation, déséquilibre/récupérations avec intensité et beaucoup de souplesse. Surtout, par les variations de vitesse de leurs mouvements en quintette, l’univers se dilate et se contracte, le temps file et s’écoule, le temps presse, le temps s’arrête, le temps s’accélère, se ralentit ou se remont(r)e, le temps file et s’étire comme les corps en même temps ou à contretemps en un rien de temps ou en prenant son temps…
Ô temps, suspends et reprends ton vol
La construction du spectacle est tout aussi limpide pour traiter le propos : un artiste danse au centre au ralenti tandis que les autres tournent autour de lui en différents gestes-langages : illustrant ainsi la relativité du temps infiniment lent pour le personnage pris au centre d’un tourbillon d’idées, d’événements, d’émotions orbitant dans son univers.
Les danseurs et les gestes s’alignent et se synchronisent ensuite, notamment sur des transat’ où le tic-tac de la musique et de leurs bras dessinent une chorégraphie du temps de l’attente délicieuse des vacances.
La bande-son de ce spectacle est assurée en live au plateau par Floyd Shakim et Nouveau Monica jouant de leurs ordinateurs et potentiomètres pour capter et diffuser des sons de pas de géant au sol, et des bruits granulaires sur lesquels les danseurs expriment d’autant plus leur méticulosité gestuelle virtuose.
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Si Einstein prouve que l’espace et le temps sont indissociables, Rokej y ajoute une troisième dimension, citant son professeur Thony Maskot, pour qui la danse est « le jeu de la trinité mouvement/espace/temps ».
La relativité du temps se vit et se démontre ainsi sur scène mais aussi dans la salle, notamment avec ce groupe de jeunes spectateurs d’abord ennuyés et chuchotant, mais redressant progressivement les têtes de l’épaule de leur voisine, rangeant les téléphones, et plongeant dans l’univers avant de crier leur admiration debout en fin de spectacle.
Comme quoi, tous les temps sont relatifs (et peuvent donc accélérer d’un coup à la vitesse de la lumière) : la durée d’un spectacle comme les temps d’apprentissage de l’art.

