CONCERT – En marge de L’Art est dans la rue, nouvelle exposition du Musée d’Orsay, François Morel et Antoine Sahler organisent quatre soirées dédiées aux chansons de rue. Le programme comporte tant des reprises de chansons du XIXe siècle que des créations originales des deux compères.
Outre François Morel, acteur et chanteur et Antoine Sahler qui se partage entre le piano, la trompette et l’accordéon, plusieurs artistes et chanteurs de grand talent se sont joints à cette aventure pleine de saveur et de rebondissements :
Du pavé parisien à la Fée bleue.
La grande et puissante Juliette, Judith Chemla qui passe de l’opéra à la variété avec une totale aisance et la pétulante et protéiforme Lucrèce Sassella. Thibaud Defever, qui se révèle aussi chanteur d’une grande sensibilité dans son interprétation des Les Trois Petits Pavés de Paul Delmet et Maurice Vaucaire se charge de la guitare et du banjo, Amos Mâh du violoncelle et de la guitare et Murielle Gastebois des percussions.
Les artistes en solo ou à plusieurs entrainent déjà l’auditeur vers la vieille gare d’Orsay devenue depuis Musée national, en passant par tout un répertoire de chansons souvent douloureuses, drôles ou pittoresques, voire emplies de cet esprit parisien particulier tant apprécié alors par le public. On y évoque les ivresses de la Fée bleue (l’absinthe) si meurtrière et dangereuse pour le petit peuple, la prostitution de rue alors si répandue, mais aussi la flanelle, terme en cours au XIXᵉ siècle (discussion du client avec une prostituée au sein d’une maison close), les dangers des fortifications qui entouraient encore la Ville de Paris notamment pour les jeunes filles candides, la prison sordide bien entendu et jusqu’au bagne de Cayenne.
L’ombre du chansonnier Aristide Bruant, maître de l’argot et de la chanson réaliste au fameux cabaret Le Chat Noir, plane sur l’ensemble de la soirée avec plusieurs de ses chansons interprétées, dont une sur les quartiers populaires de la capitale. Pour égayer un peu l’ensemble, Judith Chemla s’attaque au répertoire de la grande diseuse Yvette Guilbert avec une interprétation déjantée et presque illuminée de Quand on vous aime comme ça, musique d’Yvette Guilbert et texte de Paul de Kock : l’histoire d’une fille de joie bousculée (c’est peu dire) par son souteneur et qui en redemande ! Une autre époque, heureusement…
François Morel et Antoine Salher pour leur part n’hésitent pas à évoquer la mémoire olfactive de Joseph Pujol, le fameux pétomane du Moulin Rouge (artiste de Music-Hall le mieux payé de l’époque) ou la figure altière de Valentin le Désossé, le partenaire de la Goulue, immortalisés tous deux par Toulouse-Lautrec.

Plus réaliste, Juliette du piano bouleverse mais s’amuse aussi avec finesse à évoquer les bandes d’Apaches, ces jeunes voyous qui terrorisaient Paris à la charnière du XIXᵉ siècle et du XXᵉ. Pour les beaux yeux de Casque d’Or, les bandes du quartier des Orteaux et de Charonne s’opposaient lors de bagarres mémorables, pour finir ensuite sous le couperet de la guillotine ou au bagne. En fond de scène, des images savoureuses d’un autre temps ponctuent la soirée et se trouvent complétées par des projections d’affiches anciennes qui peuvent être détaillées au sein de l’exposition, ou par des extraits du film French Cancan de Jean Renoir.
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Ce spectacle d’une heure et demie environ passe à toute allure. Il est salué de façon spectaculaire par le public qui remplit jusqu’à la dernière place disponible l’Auditorium du Musée d’Orsay. L’esprit inimitable de François Morel et de sa bande de copains a encore frappé, pour notre plus grand plaisir.

