AccueilA la UneDuo de Trios au Grand Théâtre de Provence

Duo de Trios au Grand Théâtre de Provence

COMPTE-RENDU – Le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence poursuit son programme symphonique, soliste et comme ici chambriste mais réunissant les deux univers (extime et intime) en réunissant le Trio pour piano et cordes n° 1 en si bémol majeur de Franz Schubert et le Trio pour piano et cordes n° 1 en si majeur de Johannes Brahms, avec Renaud Capuçon, Kian Soltani et Mao Fujita :

Cordes sensibles ne pas s’abstenir  

De l’aube au crépuscule, de la lumière du jour aux ombres de la nuit, de l’aimable conversation à l’expression intérieure du drame (même à trois) ce programme chronologique en deux trios explore deux moments du romantisme pour piano, violon et violoncelle. Même formation, même numéro de Trio du catalogue, même forme Sonate, tonalité à un demi-ton (si bémol et si naturel), etc. Et pourtant… l’un regarde vers Mozart, l’autre vers Beethoven. L’un s’adresse au public, l’autre dissimule les émotions du « moi » à ses audiences derrière les aménités de la tonalité.

Communication publique

Dans les premières notes du concert, les musiciens semblent accorder, non pas leurs hauteurs, mais leurs timbres respectifs, afin de produire une sonorité lumineuse et limpide. Toujours dans cette idée, les entrées successives prennent leur ampleur sans à coup, soucieuses de contribuer lisiblement à l’édification commune du discours. Chacun prend un peu de timbre de l’autre et offre un peu du sien, voire de sa tessiture, le piano mettant tout le monde d’accord. Les coups d’archet et les pizzicati viennent ponctuer les phrases de leurs approbations ou de leurs points d’exclamation. 

Le violon de Renaud Capuçon tisse son fil, le violoncelle de Kian Soltani polit de son archet poudré ses propos les plus affirmés. Le piano de Mao Fujita contient sa puissance, unifie la multiplicité de ses notes perlées pour délivrer et réunir la parole à la fois libre et tempérée, au point d’équilibre entre classicisme et romantisme. Tout peut être musicalement et mutuellement dit, mais avec les formes : forme sonate notamment, plus ou moins augmentée de discipline et de liberté. 

Communication privée

Cette communication souterraine, intérieure, de soi à soi, doit s’entendre entre les notes, dans l’une et l’autre partition. Le piano de Mao Fujita ouvre la porte discrète d’un boudoir tendu de velours (celui des feutres de l’instrument). Les gammes chromatiques semblent glisser sur un coussin d’air, effleurer le clavier de leur caresse. Le violoncelle de Kian Soltani chante haut, le regard perdu vers le ciel ou vers le bas, en posture d’écoute profonde, visitant son for intérieur à la lumière de ses précieux instants de silence. Le violon de Renaud Capuçon pleure, tandis que son archet absorbe les larmes blanches et noires du piano. 

Le noyau des trois musiciens se resserre, aux points de contact de leurs pianissimi. Ils s’unifient dans les moments de contemplation, de recueillement, de prière : grande sourdine posée sur le sonore, pour ne pas aller trop loin dans la confidence. Y compris dans les thèmes les plus poignants, l’émotion est contenue, la douleur tenue secrète. 

Schubert, Brahms. Renaud Capuçon, violon. Kian Soltani, violoncelle. Mao Fujita, piano. Grand Théâtre de Provence. 14/04/2025. Aix-en-Provence. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques

Les grands unissons, ou les mouvements parallèles, dans l’un ou l’autre trio, sont des moments de mise au point, des récapitulations, des synthèses. Même les anaphores de chacun contribuent, avec leurs aménités instrumentales propres, à l’intérêt commun. 

L’équilibre entre les instrumentistes de la soirée repose sur celui de la parole donnée et reçue, un équilibre entre argumentation et expression, une porosité entre universalité et singularité. Par cette oscillation proprement musicale, qui consiste à donner du son au temps et du temps au son, le public ne compte pas celui qu’il accorde à ses applaudissements.

À Lire également : nos comptes-rendus du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Schubert, Brahms. Renaud Capuçon, violon. Kian Soltani, violoncelle. Mao Fujita, piano. Grand Théâtre de Provence. 14/04/2025. Aix-en-Provence. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques
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