AccueilA la UneLa Flûte enchantée par Martin Wahlberg : Objet Chantant Non Identifié

La Flûte enchantée par Martin Wahlberg : Objet Chantant Non Identifié

DISQUE – Le label Aparté publie une Flûte enchantée inattendue, extrêmement intéressante et qui bouscule les habitudes, sous la direction du chef Martin Wåhlberg. On en sort plein d’interrogations, mais rassurés sur la vivacité de l’interprétation, qui ne s’enlise dans aucune tradition.

On s’attendait à entendre une Flûte enchantée ; et voilà qu’on nous promet LA Flûte enchantée : non pas la version de référence, absolue, indiscutable (si tant est qu’il y en ait une), mais celle qui se rapproche le plus de ce que Mozart avait en tête, et probablement de ce que les auditeurs de 1791 ont eu à entendre. Une exploration inédite de l’univers mozartien.

Une Flûte d’une autre planète

Pour le label Aparté, le chef Martin Wåhlberg et l’Orkester Nord effectuent un retour aux sources assez inédit, et se situent un cran au-delà des nombreux travaux musicologiques et enregistrements sur instruments anciens déjà effectués. Se basant sur les archives du Theater auf der Wieden, où l’œuvre fut créée, le chef propose des choix d’interprétation radicalement différents de la tradition sédimentée au fil des décennies. Celle-ci se serait-elle à ce point trompée ? La question se pose : un chœur réduit à deux par voix, une grande épuration du son d’ensemble, le choix d’une adolescente pour incarner Pamina – la créatrice du rôle avait 17 ans – et surtout ces cadences et ornements qui émaillent l’œuvre… On sait que Mozart et ses interprètes usaient très largement de l’ornementation ; mais l’auditeur habitué au respect absolu de la partition sera plus d’une fois secoué par ces libertés, ainsi que par une lecture délestée d’un certain poids dramatique et musical.

Le monde à l’envers

Les surprises ne s’arrêtent pas là. Il y a, on l’a évoqué, la voix extrêmement juvénile de la jeune Ruth Williams en Pamina, qui nous éloigne, d’emblée, de la tradition lyrique – peut-être trop d’ailleurs, dans le sens où elle est bien plus proche vocalement des Trois Garçons que de Tamino. Il y a ces dialogues qui, joués dans leur intégralité – ce qui n’est pas toujours le cas – sont accompagnés de bruitages de chants d’oiseaux ou de tonnerre. Mais il y a aussi ce Monostatos à la voix d’une grande profondeur, et un Papageno étonnamment raffiné dans son chant : c’est bien La Flûte enchantée, mais sans ce qu’on attendait d’elle – peut-être à tort. De même, le chef nous réserve des surprises dans ses choix de tempi, tels que le « Triumph » particulièrement lent des Trois Dames, ou le « In diesen heil’gen Hallen » bien rapide et peu grandiose de Sarastro. Ajoutez-y des cadences et la fantaisie pour flûte solo jouée par Tamino dans l’épreuve du silence – inédite au disque –, et vous saurez une chose sur La Flûte enchantée : c’est que vous ne savez rien.

En apesanteur

En résumé, que penser de cet enregistrement ? Ce dernier a de nombreuses qualités vocales, en premier lieu grâce à Manuel Walser (Papageno) et Bastian Kohl (Sarastro) parce qu’ils allient musicalité et expressivité. On apprécie les dialogues, complets, et la bonne idée d’avoir choisi des artistes germanophones pour le monde de Sarastro, et francophones pour le monde de la Reine de la nuit, introduisant une pointe d’accent qui donne des couleurs différentes au texte. On ne peut s’empêcher, en revanche, de trouver le chœur Vox Nidrosiensis bien trop léger et la voix de Ruth Williams trop jeune : la soprano ne démérite absolument pas, mais est forcément limitée dans l’expressivité par un instrument qui n’a pas déployé toute sa palette.

À Lire également : La Flûte Enchantée de Versailles - le conte est bon

Ce qui est inégal dans cet album est le théâtre musical. C’est parfaitement propre vocalement, l’orchestre propose une vraie lecture de l’œuvre – un peu rêche par moments, un peu aérienne à d’autres ; mais on n’a pas toujours la profondeur philosophique, ni la fantaisie, ni l’émotion des jeunes personnages. À vouloir revenir à l’essence, on en oublie par moments l’épaisseur dramatique. Mais peut-être ce sentiment est-il le fruit de décennies de représentations inexactes ? Peut-être La Flûte enchantée est-elle enfin rendue à elle-même ? Qu’elle nous fasse marcher sur la tête ou nous la mette dans les étoiles, elle ne laissera en tout cas pas indifférent.

À Lire également : Échos de guerre aux Invalides avec l’Orkester Nord 

Pourquoi on aime ?

  • Pour l’intérêt musicologique indiscutable
  • Pour la présence de dialogues complets
  • Pour la remise en question de nos habitudes et certitudes sur l’œuvre

C’est pour qui ?

  • Pour les inconditionnels de l’œuvre
  • Pour ceux qui, au contraire, voudraient se refaire une idée de cet opéra
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