COMPTE-RENDU – À l’Opéra de Marseille, le violoniste Simon Zhu et l’Orchestre Philharmonique de la ville dirigé par Federico Tibone interprètent un concert réunissant Antonín Dvořák et Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Annoncée souffrante la veille, Glass Marcano qui devait initialement diriger le concert est remplacée au pied levé par Federico Tibone, chef associé de l’orchestre qui avait, pour l’occasion, l’avantage de sa proximité et de sa connaissance des musiciens marseillais. Bonne pioche ! Les premières notes de Dvořák sont lancées avec une énergie et une solennité qui captent immédiatement l’attention. La direction gagne encore en clarté au fil du concerto. L’orchestre y livre des motifs aboutis, appuyant les thèmes du violon avec lequel il trouve un équilibre continu. L’orchestre contribue alors à souligner les reliefs de l’œuvre, comme ses couleurs.
Dvorak: grand vent de violon
S’appuyant sur la maîtrise de cette trame orchestrale, Simon Zhu trouve sa juste place dans l’ensemble. Sa finesse se remarque particulièrement dans les passages lyriques, notamment dans la mélancolie terminant l’allegro ma non troppo accompagné par l’obscurité empathique des bassons et des violoncelles. Dans ces moments, le doigté trouve ses inflexions complexes, contribuant à l’expressivité de l’instrument. Ça s’emballe un peu en revanche dans les phrases les plus vives : la sensibilité se retrouve parfois cassée par des ruptures quelque peu arides qui relèvent ici plutôt de la démonstration. Pas de quoi froisser le public qui lui réserve un accueil enthousiaste et obtient en rappel le Caprice n°7 de Paganini, et un Andante de Bach.
Le tsunami Tchaïkovsky
C’est après l’entracte que le potentiel de l’orchestre dirigé par Federico Tibone, déjà palpable dans le concerto, se révèle pleinement, dans la bouleversante Symphonie pathétique de Tchaïkovsky. La générosité du volume, qui remplit la salle dès les riches vibrations des contrebasses du commencement, s’allie au sens de l’équilibre qui ménage un plein espace pour chaque pupitre au sein de l’ensemble, dans les tutti, comme lors des interventions ponctuelles, lancées avec netteté par le chef. L’énergie vive du troisième mouvement est aussi incarnée que l’évolution des nuances, traduisant les soubresauts d’une vie qui s’enflamme, aussi belle que fragile, dans le quatrième. L’interprétation révèle l’alternance entre la mélancolie douce et l’énergie du désespoir, qui se manifeste dans l’intensité des ruptures que l’orchestre fait déferler sans concession dans les fortissimos du premier mouvement.
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Ces dernières sont d’autant plus déchirantes que précédées d’une progression continue, qui contribue à exalter la vitalité de la musique. Une tempête d’émotions à emporter les cœurs les plus solides, jusqu’à ce que le transport s’estompe peu à peu, dans un dernier souffle tout romantique, pour céder la place au tonnerre… d’applaudissements bien sûr !
Demandez le programme !
A. Dvořák – Concerto pour violon et orchestre en la mineur B. 108 (op. 53)
P.I. Tchaïkovsky – Symphonie n°6 en si mineur op. 74, dite « Pathétique »

