DANSE – Elle entre en scène pieds nus, robe nuage rouge et tignasse libre. Il ne faut pas trois secondes à Cristiana Morganti pour qu’elle capte son public : un regard pour chaque spectateur, un silence et un souffle retenu. Puis elle parle. Et on rit.
Au Théâtre de la Ville (Théâtre des Abbesses), on rencontre Moving with Pina : un solo dansé-parlé de l’ancienne soliste du Tanztheater Wuppertal qui offre un hommage original et touchant à Pina Bausch. Cristiana Morganti nous livre une traversée intime remplie d’humour, de secousses tendres retraçant son parcours aux côtés de la mythique chorégraphe allemande. Une heure quinze qui fonctionne comme une évidence : on a ri et on a frissonné.

Pina-cothèque
Parce que Cristina Morganti ne cherche pas à faire revivre Pina, elle la convoque dans les creux, les gestes, les silences. Elle la mime avec un accent mélodieux « Cristiana, what are you doing? » et tout à coup, la salle frémit. Ce n’est pas de la nostalgie, c’est de la mémoire incarnée. Elle raconte les séances de critiques, sa fascination pour le Sacre du printemps et l’œil intransigeant de Pina, véritable radar à corrections. Elle se moque, aussi. D’elle-même d’abord, de la solennité parfois ubuesque du milieu ensuite. Et pourtant, jamais elle ne trahit. Le miracle de ce spectacle, c’est sa sincérité. Morganti parle sans pudeur. Elle danse accompagnée d’une autodérision désarmante et une intelligence du plateau qui force l’admiration. Ses transitions sont cousues de fil poétique, ses gestes prolongent la parole comme si le corps reprenait le relais quand les mots s’essoufflent.
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Moving*
Dans la salle, on sent une sorte de gratitude collective. Pour l’humour d’abord, car voir une grande artiste s’autoriser à donner dans l’autodérision, c’est rare. Pour l’humilité aussi, car Moving with Pina est une traversée des apparences. Une conférence dansée, oui, mais surtout une lettre d’amour à la danse et à la liberté d’être soi, sur scène comme ailleurs. Et ce soir-là, à Paris, quelque part entre deux souvenirs, on aurait juré que Pina souriait.
Vous avez jusqu’au 25 mai pour vous connecter à l’énergie irradiante et contagieuse de Cristina Morganti aux Abesses !
*Moving : « émouvant » en anglais

