PLAYLIST – Elle vient de réaliser un rêve : diriger la Passion selon St-Jean de Bach. Avec son ensemble Il Caravaggio, Camille Delaforge est une des têtes puissantes et pensantes du baroque français d’aujourd’hui. Au lendemain de sa soirée inoubliable au festival de Saint-Denis, et avant de la retrouver sur cette même scène le 19 juin dans un programme Mozart, elle vous présente sa playlist idéale, d’humour en beautés…
La fameuse pièce de l’île déserte que j’emmènerais avec moi.
J.S. Bach : Johannes-Passion, BWV 245, Herr unser Herrscher – Collegium Vocale Gent · Philippe Herreweghe
Dès que j’entends ce chœur d’ouverture, je suis transportée. Je suis récemment allée à Amsterdam pour une production au moment de la Passion. J’ai pris une place au premier rang de la Passion du soir (la Saint-Jean, ma préférée) et rien que d’entendre les premières notes, j’avais la chair de poule. Après des années de carrière et de concerts, rester dans un sentiment aussi puissant en entendant cette œuvre montre à quel point l’art est fort. Je la dirige cette saison pour la première fois, et c’est pour moi une des plus grandes joies de mon année. Je vais savourer chaque instant.
La version que j’écoute depuis mon adolescence
M. Ravel : Concerto pour piano et orchestre en sol majeur, Second Mouvement – Herbie Hancock
Cette version est une leçon de dialogue entre l’écrit et l’improvisé. Danseuse, je cherchais tout le temps des chorégraphies sur cette pièce. Pianiste au même moment, cela représentait un rapport que j’aime plus que tout à la musique. J’aime tant improviser sur ce que je suis en train de lire. C’est ce qui m’a amenée à la musique baroque. Mon binôme de récital piano-voix vous le dira en secret : je me mets toujours à improviser à un moment pendant nos répétitions, parfois même sans m’en rendre compte. Heureusement, son regard amusé suffit à me ramener à la lecture de la partition…
L’extase…
G. Mahler : Adagietto de la Symphonie N°5 en Do dièse mineur – Leonard Bernstein, Wiener Philharmoniker, 1973.
12 minutes où l’on ne peut rien faire d’autre que ressentir la musique et son émotion. Lorsque j’écoute cela, je n’arrive plus à penser à quoi que ce soit. Plus aucune pensée ne traverse mon esprit. Je ne fais qu’écouter. Cela fait des dizaines d’années que j’écoute cette œuvre sans jamais réussir à déconnecter de cette sensation.
Avant d’entrer sur scène
Pino De Vittorio : Pizzica taranta
C’est LA musique que j’écoute avant une représentation. Elle me canalise et me recentre sur toute la joie que j’ai à monter sur scène. Cette musique a quelque chose d’essentiel qui représente pour moi son aspect « populaire » dans le bon sens du terme. Elle est directement accessible, vibrante, et on a tout de suite envie de danser.
Beauté pure
J.P. Rameau : Tristes apprêts – Agnès Mellon
Rameau a une manière unique de transformer la tristesse en beauté pure. Agnès Mellon propose une expression d’une rare délicatesse. Cet art, chez Rameau, de mettre en valeur le timbre des instruments est incroyable. Dans cet air, c’est le basson, bien sûr. Rameau réussit à faire dialoguer, avec la même élégance un instrument et la voix.
Mon rayon de soleil
W.A. Mozart : Symphonie en la majeur K. 201, premier mouvement
Ma sonnerie de réveil pendant des années, pour entamer la journée avec une joie épanouie. J’aime le dialogue entre les sections de l’orchestre. Malgré la relative simplicité apparente, comme toujours chez Mozart, on y retrouve une richesse d’expression qui transcende l’équilibre formel.
Bonus
Marcel Amont : Escamillo – Archive INA
J’aime l’humour et le recul de cet artiste sur le répertoire musical. Ce morceau est un souvenir vivant de moments partagés avec ma fille. Marcel Amont la fascinait, et moi aussi. Il capture une part de légèreté et d’humour qui est essentielle pour moi.

