AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalMétamorphoses : Glass et les balles perdues

Métamorphoses : Glass et les balles perdues

SPECTACLE – Amphithéâtre de la Cité de la Musique. Entre Philip Glass, deux manteaux de velours et des balles en lévitation. Un rituel délicat signé François Chat et Alma Bettencourt.

Tout commence par une clef. Littéralement. Un homme en noir descend des gradins, trousseau à la main. Alfonso Torres, performer silencieux mais essentiel, distribue les clés comme des énigmes, comme dans un rêve de Kafka. Une seule est laissée à un membre du public. L’orgue s’ouvre, et c’est tout un monde qui bascule. Lumière tamisée, atmosphère monacale. Le décor est planté.

Organ de l’amour

Le lieu ? L’amphithéâtre de la Cité de la Musique. L’orgue trône au fond, structure apparente, cathédrale de tuyaux, organe central. Ce n’est plus un instrument, c’est un personnage à part entière. Sur fond de Philip Glass — qu’on entend raconter avec humour ses débuts sur scène, « six personnes à mon premier concert, dont une était ma mère » — le spectacle prend son élan. C’est d’ailleurs lui qui en donne le ton : « J’écris la musique pour me souvenir d’où j’étais. » Une mémoire qui va devenir mouvement.

Lumière, jongle, action.

François Chat, pieds nus, long manteau noir, entre sur scène. Il drape Alma Bettencourt (future organiste en résidence à Radio France à partir de septembre 2025) d’un manteau de velours rouge. Alma s’installe à l’orgue, Afonso devient assistant de scène, ramasseur de balles, ange-gardien de l’ombre. Valerio Alfieri et David Mastretta signent une création lumière précise. Des rectangles lumineux viennent découper l’espace comme les chapitres d’un livre silencieux. François Chat y entre, s’y glisse, s’y déploie. La lumière suit son corps, puis ses mains, puis ses ombres. On ne voit plus que les balles, qui flottent dans des faisceaux de lumière ciselés, comme des sculptures. À certains moments, l’artiste disparaît — seules ses mains restent, projetant une danse d’ombres sur le mur de l’amphithéâtre.

À voir : dans l'atelier de jonglage de François Chat

Glass en gestes.

L’orgue lance ses motifs. Répétitifs. Obsédants. Hypnotiques. Chaque accord de Glass devient un point d’ancrage pour les balles. Trois sphères. Une trajectoire fluide. Le geste suit la musique comme le pinceau suit la toile. Et puis… il les perd. Les balles tombent. Et c’est là, précisément là, que le spectacle bascule dans un ailleurs. Pas d’effet. Pas de bluff. Juste l’inattendu… Ou le prévu. On est décontenancé, comme happé dans une suspension douce. 

Chaplin au pays de l’orgue.

Dans ce spectacle, dont la première a eu lieu en 2001 au Teatro Regina Margherita de Caltanissetta, en Sicile, Chat alterne : fluidité onirique, gestes répétitifs, pensée mécanique. Soudain, c’est un ouvrier des Temps Modernes. Une variation chorégraphique sur les ritournelles de Glass.

À lire également : Sylvain Fanet : « réhabiliter Philip Glass est un vrai sujet »

L’ostinato repart. Plus aigu, plus incisif. La musique semble surprendre le corps lui-même. Ce spectacle est une pause. Une brise fraîche dans un week-end de canicule. François Chat ne fait pas que jongler. Il caresse, fait rouler la balle sur ses mains comme si elle lévitait. Une illusion totale, poétique, bouleversante. Deuxième métamorphose. Le mouvement devient méditation. Et Glass poursuit son tissage sonore, flûté, entêtant, entre Highlands écossais et océan intérieur.

Et au fond, un propos.

Comme le dit François Chat : ici, pas de performance technique pour l’exploit. Pas de record battu. Ce n’est pas le but. Ce qui compte, c’est la redécouverte. La répétition. Le minimalisme. Comme chez Glass avec ces créations Metamorphosis I à V, Mad Rush, et Wichita Vortex Sutra. Quelque chose entre une cérémonie païenne et une pause mentale. Ni concert, ni performance, ni théâtre — mais un peu des trois. Et franchement, dans ce monde saturé de bruit, il est bon de se laisser tourner en boucle.

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