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Escales Baroques : le Banquet Céleste se fait une toile !

FESTIVAL – Chaque été depuis 2019 , le festival itinérant Escales Baroques fondé par l’ensemble de musiques anciennes Le Banquet Céleste sillonne la Bretagne et ses lieux patrimoniaux pour offrir à tous l’occasion de ressentir les émotions de ce répertoire parfois encore trop méconnu. 

Ce jour-là, sa barque s’est arrêtée à Rennes aux abords de son musée construit sur les quais de la Vilaine, pour un concert de musique Française intitulé : « dans la chambre du Roy ». Un moment hors du temps, au timing bien pensé et en compagnies de Robert de Visée, Marin Marais, (compositeurs titulaires de la Chambre du Roi Louis XIV) et… du tableau intitulé « la musique » du peintre Jacques de Létin.  

On se fait une toile ?

La Musique, Jacques de Létin

Dès l’entrée le regard vogue entre chacun des tableaux de l’école Française du XVII siècle, la plus importante de ce musée : des scènes religieuses pour la plupart, aux courbes très expressives empreintes de douleurs, de frissons, d’abandons intimement liés et représentatifs de cette période Baroque. L’oeil se nourrit des ocres, des bleus, des roses, des rouges, des fonds noirs ou nuageux mettant en valeur les corps humains des premiers plans : la perspective picturale créée par le jeu des couleurs. Après quelques allers et retours le regard s’arrête particulièrement sur l’un d’eux, accroché haut. Une femme aux courbes rondes, au sein droit dénudé, au regard perdu dans la grâce de son inspiration, un luth probablement à treize choeurs entre ses mains, une partition près de ses genoux, représente de façon émouvante et étonnamment sobre l’un des sept arts libéraux peint par Jacques de Létin (1630-1640). Une toile de maitre commentée par le responsable des collections d’art ancien du Musée de Rennes Guillaume Kazerouni pour une écoute plus aiguisée de ce concert à l’ambiance familiale et chaleureuse.

Musique de chambres

Les derniers arrivés font craquer le parquet tandis que les deux musiciens du Banquet Céleste s’accordent. Dans la chaleur de cette « chambre du Roy » improvisée arrive de plus en plus de public, avec de jeunes enfants qui vont et viennent. Des regards qui se hâtent, se croisent et s’interrogent sur les quelques places encore libres. Au complet, le public formé d’une cinquantaine d’auditeurs touche presque les pupitres des musiciens. C’est dans cette proximité que les deux instrumentistes du Banquet Céleste décrivent l’historique des oeuvres du programme ainsi que leurs instruments : le théorbe et la viole de gambe joués respectivement par André Heinrich et Isabelle Saint-Yves.

De Visée, gaiement

Au fil des préludes, chaconne et autres, les différentes oeuvres de ce compositeur, écrites en tablatures, sont jouées souplement, mises en valeur par les respirations ourlées des élans musicaux, de leurs relances et des résonances longues de l’instrument. Le jeu est équilibré entre architecture harmonique et libertés voluptueuses des ornements parfois justes émises par la main gauche. Ces pièces sont les pendants du regard et des gestes abandonnés de la peinture de Jacques De Létin, et font entendre une autre façon de créer la perspective, dans un art du temps et des sons. La ligne harmonique ou mélodique est jouée plus forte, comme le premier plan d’un tableau, les coulées ornées plus piano comme des courbes en touches de fonds. Un procédé d’écriture qui créé un profond calme méditatif. 

Marin Marais, allant

Le pendant gambiste de De Visée est à chercher évidemment du côté de Marin Marais. L’interprétation de ces oeuvres qui mettent en avant la viole de gambe en la sortant de son rôle habituel de continuo, est tout à la fois pudique et théâtralisée. Les regards et élans corporels d’Isabelle Saint-Yves sollicitent son théorbiste. Par son jeu contrasté, la gambiste dévoile cette alternance entre tensions et relâchements, créant des points de friction harmoniques, rythmiques, mélodiques et leurs apaisements. Un second langage abordant la notion de perspective en musique, cette fois plus proche de certains autres tableaux de la salle du musée, dont les sujets religieux évoquent principalement la résignation.

À lire également : Pascal Quignard à Bordeaux : prima la musica

Les Voix Humaines sont jouées en hommage au livre de Pascal Quignard Tous les matins du monde et du film qui fit connaitre ce compositeur au grand public. À sa suite, un court discours de la présidente de l’ensemble du « Banquet Céleste » qui lance un appel aux dons, aux bénévolats, à tous les soutiens possibles pour que vive cet ensemble.

Post concert : des échanges ouverts, des questions diverses, la gentillesse des musiciens passionnés, convaincus de l’importance d’aller vers toutes sortes de publics, de diffuser la musique dans des lieux parfois laissés pour compte comme les Ehpad. 

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