COMPTE-RENDU – Hier soir, Maman m’a dit qu’on allait à l’opéra écouter un banquet céleste qui jouait à la marelle, ou quelque chose comme ça. En y allant, elle m’a expliqué que c’est de la très vieille musique, une légende et un conte nouveau vraiment rigolo. Elle m’a aussi dit que je vais adorer mais qu’il ne fallait pas chahuter ni courir, surtout dans les escaliers !
Une fois là-bas, je me suis assise dans un coussin rouge au milieu du très grand hall. Il y avait d’autres petits comme moi et aussi des très vieux comme tonton Jules. Et puis, j’ai vu les musiciens.
Maintenant, je sais compter
J’ai compté trois messieurs et une madame. Ils étaient assis et tous en noir. Des drôles d’instruments de musique dans les mains, sauf la dame. Maman m’a dit : « Tu vois, il y a une chanteuse, le monsieur à droite joue du théorbe (une grande guitare très ancienne) et les deux à gauche, des ténors de violes (de vieux cousins du violoncelle). Écoute bien, c’est rare d’en entendre deux ensemble ».
Ils ont commencé joyeux, puis la dame a chanté, ils ont raconté une histoire, puis ils ont rejoué et c’était fini. Maman m’a dit que c’est normal de ne pas comprendre car c’est de l’anglais et que ça a quatre cents ans (donc… quatre fois cents ?). Elle m’a aussi dit que c’était une légende qui parle d’une bergère et d’un chevalier mort qui revient à la vie, et que tout le monde est content. Les musiciens ont un tout petit peu inventé aussi. J’étais soulagée que le chevalier se réveille ! Puis c’était doux comme sons.

« Tu viens ? On va sur la scène »
Là, il y avait des tapis pour s’asseoir. Je me suis retenue de me lever et de courir, car j’avais promis d’être sage. D’ailleurs, les autres aussi avaient l’air d’avoir promis. C’est grand une scène, c’est la première fois que j’y suis.
« – C’est quoi ce piano tout peint ?
– Un clavecin
– Et ça, là ?
– Tu vas découvrir en écoutant. Mais chut, les voilà ! »
Alors, si j’ai bien retenu, il y avait un claveciniste, une violoniste, une chanteuse, une machine à vent et une autre pour le tonnerre. J’ai adoré, même si ça fait peur au début. On nous a demandé d’imiter les bruits du vent, de la petite et grosse pluie, du tonnerre aussi. J’ai bien tout compris ce qui se passait dans la musique et j’ai même réussi à faire de différentes façons la tempête avec Maïlys, celle qui chantait. Maman aussi elle faisait la pluie dans ses mains. C’était chouette, on refera ça à la maison ! Sinon, j’ai trouvé qu’ils jouaient « tout raffiné » comme disait Tonton Jules.
Ensuite, on a pris les escaliers pour aller dans une grande salle avec plein de coussins rouges. J’avais hâte !
« – Non, non ! Ne cours pas dans les escaliers, tu te souviens ? C’est dangereux dans la descente. »
– Ah oui, c’est vrai, pardon… »

Tout d’un coup, il y a eu de la fumée, mais pas de feu !
Une dame en pantalon avec un bonnet et des grosses lunettes est arrivée. Elle a dit qu’elle était perdue et qu’elle a inventé une machine à voyager dans le temps. Elle s’appelait Charlie et elle était avec son amie Aurore. Mais Aurore était muette, du coup, elle parlait avec sa basse de viole et elle faisait plein de sons bizarres. On a bien rigolé, et même qu’on a ouvert des tas de boîtes à imagination : on a imité les sapins, puis il y a eu un ours, des cartes à jouer grandes comme des portes qui changeaient de couleur, de la neige et un gros pétard ! Oh, et il y avait une colombe qui battait des ailes pour de vrai !!
Et puis, il y avait un ogre qui voulait manger des « sandwichs aux enfants » (beurk !) parce que la princesse est allée dans la montagne… Enfin non, c’était plutôt parce qu’il était malheureux et qu’il ne connaissait personne. Et ce qui rend vraiment très heureux c’est « la soupe aux étoiles » a dit Charlie tout à la fin. L’ogre en a bu et il est devenu gentil !
En sortant de l’opéra, j’ai mis l’étoile qu’on m’a donnée au fond de ma poche. Je suis sûre que c’est comme ça qu’elles deviennent adultes les étoiles. Quand je serai grande, je voudrais savoir jouer de la tempête et offrir de la « soupe aux étoiles » aux gens avant Noël, comme Charlie !

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Demandez le programme !
– C. Monteverdi (1567-1643) : Orfeo (1607)
– J.-B. Lully (1632-1687) : Atys (1676)
– H. Purcell (1659-1695) : The Fairy Queen (1692) ; King Arthur (1691) ; The Indian Queen (1695)
– J.-P. Rameau (1683-1764) : Castor et Pollux (1737)
– G.F. Haendel (1685-1759) : Acis et Galatea (1718) ; Rinaldo (1711)
– W.A. Mozart (1756-1791) : La Flûte enchantée (1791)
– Extraits de deux cantates : « La Mort de Didon » de M.P. de Montéclair (1667-1737) et « Didon » de A. Campra (1660-1744) ; « Je ne verrai donc plus Enée ! » (Montéclair) ; « Que les vents déchaînez, que les flots en colère » (Campra) ; « Non, arrêtez Grands Dieux » (Montéclair)
– M.A. Charpentier (1643-1704) : « Ruisseau qui nourrit dans ce bois » (H.466)
– Extraits de l’opéra « Hippolyte et Aricie » (1757) de J-P Rameau (1683–1764) 5’ : Tempête et danses instrumentales, Air de la Matelote : « L’Amour, comme Neptune, invite à s’embarquer »
– T. Ravenscroft (v.1588-1635) : The Three Ravens (1611)
– T. Hume (v.1569-1645) : A Merry Conceit
– Ca’ the yowes (1794)
Avec les chanteuses et musiciens du Banquet Céleste et la comédienne et metteur en scène Cécile Roussat.

