COMPTE-RENDU – Comme tous les deux ans depuis 1995, le Concours Reine Sonja récompense de jeunes chanteurs venus du monde entier. L’occasion de découvrir les voix de demain dans l’écrin du Konserthus, accompagnées par l’Orchestre Philharmonique d’Oslo.
À plus de quatre-vingt-huit ans, dont trente-quatre passés sur le trône de Norvège, la reine Sonja a déjà eu bien des anniversaires à fêter : mais en ce 22 août, les amateurs de voix étaient de la fête, puisque le concours de chant portant son nom fêtait sa trentième année d’existence (les deux premières éditions, en 1988 et 1992 furent pour les pianistes) et Classykêo avait reçu son carton d’invitation.
Un anniversaire qui ne fait pas de cadeau
Au Konserthus d’Oslo, où se tenait la finale du concours, comme ailleurs, le protocole veut qu’à chaque entrée et sortie de la reine Sonja, les spectateurs se lèvent et attendent dans un silence absolu. La solennité norvégienne aurait paru glaciale, n’était la Toccata introductive de l’Orfeo de Monteverdi jouée par le Philharmonique d’Oslo – drôle de bande son pour souffler des bougies. Mais très vite, un public chaleureux détend l’atmosphère pour accueillir le premier prix de l’édition 2023, Jasmin White, présentant la soirée, avant que les six finalistes ne fassent enfin leur entrée. Deux airs chacun pour les départager, et un jury composé de directeurs ou administrateurs de grandes maisons (Oslo, Basel, DR SymfoniOrkestret, Met, La Monnaie, Theater an der Wien) : les règles sont claires, les opportunités sont grandes, et chacun veut sa part du gâteau.
Hier encore, ils avaient vingt ans
La soprano norvégienne Hannah Edmunds, après l’air du poison de Gounod, trouve dans « Dove sono » de quoi mettre en valeur le brillant de sa voix et des aigus purs et flottants, malgré une respiration malheureuse au milieu d’un mot – le trac est parfois un invité importun, c’est le jeu ! A l’inverse, la mezzo-soprano américaine Meridian Prall est tout en couleurs sombres : sa Charlotte fait entrevoir du tempérament, avant un « Parto, parto » aux aigus faciles et éclatants, où manquent malgré tout les nuances. En Fiesco, la basse polonaise Pawel Horodyski fait entendre une voix bien jeune pour le rôle. Son « Nel mondo e nell’abisso » de Haendel montre en revanche des moyens vocaux indéniables – mais tourne à la démonstration de force et au cabotinage plutôt qu’à la vérité théâtrale et musicale. On est davantage à la fête avec la polonaise Justyna Khil, bien plus sobre en Vanessa de Barber et en Liù, avec un très beau timbre, un aigu assuré et du legato, qui ne demandent qu’à se déployer ; tandis que la soprano américaine Kathleen O’Mara, en Donna Anna puis Arabella, sans pleinement s’épanouir dans ces deux rôles très différents, montre les prémisses d’une voix dramatique à l’aigu métallique qui, d’ici quelques années, va certainement rayonner.
Anniversaire surprise
Les réjouissances, tant vocales que théâtrales, sont du côté de l’Ukrainien Vladyslav Buialskyi qui, après un extrait d’Aleko de Rachmaninov, offre un Figaro formidable, tout en texte et en souplesse, avec un timbre mêlant profondeur et fulgurances lumineuses. La première place nous semblait aller de soi, et pourtant… Pour les trente ans du concours, le jury a fait dans l’anniversaire surprise : un premier prix attribué à Kathleen O’Mara, suivie en deuxième et troisième position de Meridian Prall et Pawel Horodyski. Hannah Edmunds quant à elle reçoit le prix Ingrid Bjoner de la meilleure participante norvégienne. Le jury a des raisons que le public ignore, mais tous seront d’accord pour dire que ces célébrations n’auraient rien été sans le fabuleux Philharmonique d’Oslo : à la fois cerise sur le gâteau, feu d’artifice et confetti, l’ensemble offre des couleurs somptueuses ainsi qu’une grande plasticité d’un répertoire à l’autre, dirigé par la main exigeante et inspirée de Nicholas Carter. Un partenaire luxueux pour ces jeunes chanteurs, qui inaugurent en grande pompe une nouvelle décennie de voix – et on l’espère de grandes carrières.
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