Ravel chez Adès : d’enfer !

FESTIVAL – Le Festival Ravel lance en grandes pompes les célébrations du 150ème anniversaire de son icône, né tout près de l’Église St-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz, là où s’est installé l’Orchestre de l’Opéra de Paris, dirigé par Thomas Adès, chef et compositeur.

Maurice Ravel : 1875 – 1937. Au bout de ses 62 ans de vie terrestre, entamés il y a un siècle et demi cette année, Maurice Ravel a gagné sa place au paradis. Aux Champs-Élysées disons. Ceux qu’il avait tant plaisir à arpenter quand, jeune homme, il se lançait à la conquête de Paris à coups de chefs-d’œuvre et de révolutions douces.

Mais pour ressusciter le génie, le Festival Ravel commence par une petite descente au royaume d’Adès. Normal… Attention hein, pas Hadès le dieu des enfers ! Thomas Adès, compositeur de son état, et chef du soir, à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. Parce que oui, curieusement, ce n’est ni le Boléro ni Daphnis et Chloé qui inaugurent le Festival Ravel 2025. Ce n’est même pas une œuvre de Ravel ! C’est un concerto pour piano, certes, mais qui n’est ni en Sol, ni Pour la Main Gauche.

Maurice Ravel © Wikimedia Commons

Tombeau commun

C’est celui que Kirill Gerstein a commandé à Thomas Adès en 2018, et qu’il vient interpréter lui-même avec son auteur à la baguette. Mis en miroir avec celui de Couperin, joué en deuxième partie, l’œuvre a elle aussi de faux-airs de Tombeau. Adès est allé piocher dans la gloire passée du répertoire pour piano et orchestre. On entend Gershwin dans le Groove du premier mouvement, dans ses quelques syncopes bien chaloupées. On entend Stravinsky dans l’invention rythmique du troisième, et Shostakovitch dans ses mélodies sinueuses. On entend Tchaïkovski dans le lyrisme du mouvement lent aussi, parenthèse merveilleuse où un cœur battant à l’orchestre répond aux quelques larmes de cristal versées par le piano. Est-ce qu’on entend Ravel, nous direz-vous, curieux que vous êtes ?

Fleuves de l’oubli

En un sens oui. Parce que Ravel, en grande conversation avec ses ancêtres au bord du Styx, mettait un peu du passé dans sa musique, lui aussi. La preuve avec La Valse, apothéose pour la gloire posthume de la musique viennoise dont Adès et l’Orchestre de l’Opéra de Paris livrent une version puissante, avec les watts profonds de ses 6 contrebasses. Et puis, de façon plus évidente encore avec ce Tombeau de Couperin, hommage dansant et clin d’œil bienveillant à la tradition française. Un pied sur chaque rive du fleuve Léthée, dont Ravel refuse de boire une goutte de l’oubli.

À lire également : Ravel, c’est le pied !

Reste ce Concerto pour la Main Gauche, joué en un souffle virtuose par Kirill Gerstein. Lui, a quelque chose à voir avec l’oubli. Il est l’une des dernières partitions que Ravel put composer, avant de perdre peu à peu ses moyens. Avant qu’une dégénérescence cérébrale le prive petit à petit de sa capacité à écrire la musique que son esprit génial enfantait. Sans son précieux passeur, sans l’obole placée sur ses yeux pour lui permettre de traverser, Maurice Ravel commençait peu à peu sa descente aux enfers, pour ne plus jamais en revenir. Heureusement, à Saint-Jean-de-Luz et à Ciboure, pour une semaine encore, le festival qui porte son nom s’attache à le ressusciter. Et en ce soir de première, ça commençait – what else – avec un certain Adès aux commandes.

Demandez le programme !

  • T. Adès – Concerto pour piano et orchestre
  • M. Ravel – Concerto pour la Main Gauche
  • M. Ravel – Le Tombeau de Couperin
  • M. Ravel – La Valse
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