CONCERT – Les Prem’s de la Philharmonie, c’est une série de concerts, avec un clin d’œil évident aux Proms de Londres. Programmation variée, dispositif scénique ouvert, invités prestigieux et orchestre maison : tout y est ! Récit d’une soirée avec l’Orchestre de Paris et son chef Klaus Mäkelä, dans la grande salle Pierre Boulez.
Dès les premiers instants du concert, une chose est claire : Klaus Mäkelä ne dirige pas, il gravite. On pensait assister à une soirée symphonique. On s’est retrouvé face à un chef d’orchestre mi-garçon de salle, mi-elfe hyperactif, qui propulse l’Orchestre de Paris dans une séance de spiritisme sonore, ambiance orange dramatique et envolées liquides.
Round 1 : le ring
Mais reprenons. Avant que les notes ne fusent, l’architecte Brigitte Métra nous explique, dans une conférence pré-concert, comment la salle Pierre Boulez a été reconfigurée en fosse façon “Proms à la française”. Le plateau descend, le public monte, et tout devient plus poreux. Un festival “Les Prem’s” donc, inspiré des Proms de Londres (mais sans les scones), voulu par Olivier Mantei pour toucher un public élargi : objectif plutôt réussi si l’on en croit les regards mi-ébahis, mi-conquis autour de nous.

Round 2 : les gladiateurs
Et puis, soudain, la lumière blanche s’abat sur scène. La Fanfare for the Common Man de Copland jaillit, solennelle, héroïque, frissonnante. Les cuivres déploient leurs bras comme des statues de l’île de Pâques qui se mettraient à chanter. Et dans tout ça, Mäkelä, tel un capitaine du vaisseau Philharmonique, distribue les impulsions avec l’énergie d’un danseur contemporain sous Red Bull. Il ne dirige pas : il vibre. Il ondule. Il bondit. Il alterne entre positions de yoga et attaques d’escrime : un geste suspendu ici, une fulgurance là. Parfois, il devient pantin désarticulé, comme animé par une force extérieure. Parfois, il semble danser avec les ombres. On ne sait plus s’il dirige l’orchestre ou s’il l’hypnotise. Ce qui est sûr, c’est que ça fonctionne : chaque pupitre reste suspendu à sa baguette comme à une ligne de vie.
Mais c’est avec Varèse que la foudre tombe. Amériques convoque un orchestre au complet, percussions en escadrille, tension palpable. Mäkelä devient alors une autre créature : plus sombre, plus anguleuse, presque antagoniste de lui-même. Il pousse l’orchestre dans ses retranchements, dessine des traits d’orage, sculpte les silences. Et le public ? Hypnotisé.
Round 3 : la foule en délire
Après une fin de première partie à l’issue de laquelle Vincent Lucas, soliste pour les Danses concertantes de Guillaume Connesson, est rappelé trois fois. Mäkelä, lui, en fin de concert, revient saluer dans un éclair de cheveux ébouriffés, applaudi comme une rock star parachutée dans une fosse classique.
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Et le public ? En feu. Les « bravo ! » fusent à la fin, ça tape dans les mains avec enthousiasme. On sent que la soirée a marqué : ça sourit, ça débriefe fort en sortant, et certains demandent même s’il y a une rediff. SPOILER ALERT : oui, ce soir, 11 septembre ! Même lieu, même heure !
Demandez le programme !
A. Copland – Fanfare for the Common Man
G. Connesson – Danses concertantes, concerto pour flûte et orchestre (Création française)
G. Gershwin – Un Américain à Paris
J. Tower – Fanfare for the Uncommon Woman N° 1
E. Varèse – Amériques

