COMPTE-RENDU – Nouveauté 25/26, la Philharmonie de Paris inaugure sa saison par un Festival « Prem’s » inspiré des célèbres Proms londoniennes qui se tiennent chaque été pendant deux mois au Royal Albert Hall.
Le nom de la manifestation parisienne fait surtout référence à la temporalité et aux phalanges de premier ordre invitées les unes à la suite des autres pendant dix jours (et non aux promotions ferroviaires auxquelles les mélomanes résidant en région auront dû recourir pour assister aux concerts parisiens). Comme le Festival londonien, la Philharmonie de Paris propose des places debout au parterre, dont les gradins ont été rétractés aux deux tiers, laissant quelques places assises au fond et un vaste espace devant la scène pour accueillir un public rajeuni, venu en nombre profiter de la proximité inédite avec l’orchestre et du tarif avantageux (15 €) de cette catégorie exceptionnelle.

Toujours debout, marche depuis longtemps
Après le Gewandhausorchester Leipzig, c’est au tour de l’Orchestre philharmonique de Berlin sous la baguette de Kirill Petrenko d’enflammer une salle comble et enthousiaste. En affichant la 9e Symphonie de Mahler, l’orchestre écrit une belle page de sa riche histoire mahlérienne débutée dès la fin du XIXe siècle et entretenue par de nombreux chefs, dont Mahler lui-même. Ainsi d’Arthur Nikisch à Petrenko ceux-ci ont pu compter sur un orchestre rapidement gagné à la musique de Mahler (contrairement à son homologue viennois), qui continue d’éprouver un amour contagieux pour cette musique.
Dès le premier mouvement, Andante comodo, Petrenko propose une lecture lumineuse et limpide de la musique de Mahler. La clarté de la polyphonie sert ainsi une architecture qui conjugue édifice imposant et précision du détail sans aucune lourdeur. Le deuxième mouvement, Dans le tempo d’un paisible Ländler [danse paysanne à trois temps], vibre d’une énergie rustique tout en mettant en valeur les chics échos de la valse viennoise qui impriment un balancement sensible aux spectateurs de la « fosse ». Le Rondo-Burleske nous précipite en enfer dans un tempo d’une vivacité que peu d’orchestres peuvent tenir ; l’orchestre ricane et grince d’un génie démoniaque. Enfin l’Adagio conduit l’auditeur vers l’amère douceur de la rédemption, en empruntant d’abord la voie de la solennité avant de s’engager dans l’expression déchirante de la douleur en dernière partie.

For the real soloists, please stand up
Plus bâtisseur que narrateur, Petrenko cède volontiers ce rôle aux solistes superlatifs : couleurs et phrasés incomparables d’Emmanuel Pahud (flûte solo), violoncelle expirant de douleur au IV de Bruno Delepelaire, stupéfiant alto de Diyang Mei tour à tour caressant ou féroce… pour citer quelques-uns des artisans de ce travail d’équipe réussi.
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Passé un instant de silence admiratif dans lequel la symphonie glisse imperceptiblement, le public salue avec ferveur un concert mémorable. Pari tenu pour la Philharmonie de Paris : en mettant au cœur de la salle un public debout, exemplairement attentif, l’institution promeut une proximité simple et directe avec la musique qui irradie dans toute la salle, et suscite une écoute en or.



C’était un magnifique concert, cette symphonie que je n’aime pas plus que cela m’a vraiment convaincu jouée comme cela, par cet orchestre et dirigée par K. Petrenko. Me permettrais-je de relever une inexactitude dans ce compte-rendu pour signaler que la partie de premier alto solo (et donc les soli qui vont avec) était joué par Diyang Mei ce vendredi 5 septembre et non par Amihai Grosz, ces deux artistes se partageant le poste de premier alto solo de l’orchestre.
Bonjour et merci pour votre message aussi plaisant qu’utile.