AccueilActusActus - InstrumentalLahav Shani : moins de polémique, plus de musique ?

Lahav Shani : moins de polémique, plus de musique ?

CONCERT – Malgré une déprogrammation au Festival des Flandres à Gand au motif de ne pas avoir dénoncé publiquement les faits dramatiques en cours à Gaza, le chef israélien, et futur directeur de l’Orchestre Philharmonique de Munich, était bien présent au Théâtre des Champs-Élysées ce mardi 16 septembre.

Contexte

  • 10 septembre : le Festival des Flandres à Gand annonce l’annulation du concert de l’Orchestre Philharmonique de Munich, dirigé par Lahav Shani, qui devait se tenir le 18 septembre. La raison suivante est annoncée : « Lahav Shani s’est prononcé en faveur de la paix et de la réconciliation à plusieurs reprises dans le passé, mais à la lumière de son rôle de chef de l’Orchestre Philharmonique d’Israël, nous ne sommes pas en mesure de fournir suffisamment de clarté sur son attitude envers le régime génocidaire à Tel Aviv. »
  • 16 septembre : Lahav Shani signe une déclaration sur le site de l’Orchestre Philharmonique de Munich. En voici un extrait traduit en français : « Au cours des derniers jours, je me suis retrouvé, avec deux des orchestres qui me tiennent le plus à cœur, l’Orchestre Philharmonique de Munich et l’Orchestre Philharmonique d’Israël, involontairement entraîné dans une tempête publique inattendue qui a rapidement dégénéré en incident diplomatique. Le tollé a fait suite à une décision regrettable des organisateurs du Festival de Gand d’annuler le concert d’ouverture de cette semaine, qui devait être donné par l’Orchestre Philharmonique de Munich sous ma direction. »

16 septembre, au Théâtre des Champs-Élysées, le concert est bien maintenu. Allez, on parle musique maintenant ?

Pas de polémique pour Shani à Paris : en dépit de la harangue d’un spectateur à l’arrivée du chef d’orchestre israélien sur scène – auquel ont répondu d’autres spectateurs avec véhémence – les feux de la discorde allumés par le Festival des Flandres à Gand n’auront pas animé la soirée parisienne. Le public du Théâtre des Champs-Élysées a pu goûter les plaisirs d’une belle balade romantique sans heurts, à laquelle nous ont conviés les musiciens munichois et Lahav Shani, de Beethoven à Wagner, que Lisa Batiashvili vient agrémenter d’éclats modernistes. 

Beethoven : clinique

La violoniste propose une lecture structuraliste du concerto de Beethoven. Le jeu est net : les traits de virtuosité sont d’une précision chirurgicale, et chaque retour de thème ou de motif devient une articulation sensible. Renforçant ce sentiment d’un Beethoven moderne, Batiashvili interprète les cadences d’Alfred Schnittke. Dans celles-ci, le compositeur contemporain retravaille le matériau dans des styles du XXe siècle et d’aujourd’hui. Ce parti pris étonne, car Lahav Shani et les Münchner Philharmoniker cultivent un son opulent avec rondeur, en contraste avec le jeu de la soliste.

Schubert et Wagner : épiques

Dans l’Inachevée de Schubert, on retrouve ce même son – très flatteur – décliné cette fois-ci selon les infinis détails de la partition. Lahav Shani allège ainsi la texture orchestrale pour ciseler les détails, sans perdre la rondeur ni la souplesse du son. Le chef démontre un sens de la conduite du discours musical qui captive l’oreille, notamment lors de crescendos à la progression sensible, ou lors de ruptures de nuances très expressives. Le second mouvement de la symphonie apporte plus de lumière, notamment grâce à un traitement délicat des équilibres entre les bois et les cordes, et installe une ambiance poétique et mélancolique.

Pour Wagner, Shani et ses musiciens renouent avec l’ampleur. Saluons le pupitre de violoncelles pour le solo initial du prélude de Tristan et Isolde, lyrique et plaintif. Dans le prélude puis le Liebestod, le discours musical se déploie dans une clarté polyphonique qui rend le déroulé de la partition particulièrement intelligible. Les couleurs demeurent étincelantes ou ambrées, mises au service d’une théâtralité bienvenue.

À lire également : Argerich et Shani : l’orchestre au bout des doigts

Arrivés au terme de ce parcours, on cultive le souvenir de très belles images – sonores – et d’une promenade sans harassements ni vertiges.

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]