CONCERT – L’Ensemble intercontemporain avait rendez-vous avec son public le 19 septembre, pour un concert thématique autour d’une œuvre phare de son répertoire : City Life, de Steve Reich, précédé de deux autres visions urbaines signées Unsuk Chin et Tristan Murail.
Avec l’EIC, il faut toujours avoir un train d’avance ! Non, on ne parle pas des trains de Steve Reich qui partent du Grand Central Terminal de New York dans City Life. On ne parle pas non plus des métros fantomatiques (pour ne pas dire spectraux) de Tristan Murail dans ses Légendes Urbaines. On parle bien de ces wagons de spectateurs qui, comme sur des rails, s’engouffrent dans la salle des concerts de la Cité de la Musique à chaque fois que la bande à Boulez affiche la voie de départ.
Rush hour
Parce que, premier constat : la salle est pleine ! Oui, oui, pour de la musique contemporaine ! Comme sur les quais de la Gare de Lyon un 1er juillet, il y a la queue au portillon. Elle est pleine, et elle est variée. Comme en voiture 4 et 14, se croisent dans les couloirs toutes sortes de gens. C’est visiblement assez cool de venir écouter « l’interco » . Sandales en cuir, combo bombers-banane, cols mao, chemisettes : de quoi ouvrir une friperie éphémère dans le 11e…

C’est alors qu’entre le chef de gare : Pierre Bleuse. Chef du style aussi, avec son haut bouffant, son slim noir et ses légendaires baskets à bulles. Croyez-en notre expérience : vous ne verrez pas ça à la Salle Gaveau… Un bon point pour l’EIC.
Different trains
Un autre des mérites de l’EIC 2.0, depuis quelques années, est de monter des programmes thématiques. Parce que dans cet océan de création, il n’est pas inintéressant d’avoir un cap. Celui du 19 septembre était assez clair : City Life. On vous en parlait déjà dans notre article d’annonce il y a 15 jours : 3 œuvres, 3 visions de la ville. 3 destinations à cocher sur le comparateur du jour : le programme de salle, sésame indispensable pour bien voyager.
Pour Murail et Reich, LA ville, c’est New York bien sûr. Ses mille couleurs et ses palpitations intrigantes, sa folie douce et ses trottoirs bondés pour City Life de Steve Reich. La version de l’intercontemporain (avec ensemble d’instruments donc) opte clairement pour la lumière. Bleuse y bouge comme un bateleur aguichant les touristes au retour du ferry de Staten Island. Brillant musicien, rythmicien hors-pair, il n’en oublie pas pour autant de faire le show. Comme un contrôleur soigne ses annonces d’arrivée en gare, Bleuse semble avoir compris que la forme comptait autant que le fond, et que la musique contemporaine gagne toujours quand elle est incarnée. À bas la froideur, ciao la tour d’ivoire !

Sincèrement, on ne peut pas en dire autant des Légendes Urbaines de Tristan Murail, présentées au début du concert. Un pastiche grinçant des Tableaux d’une Exposition de Moussorgski, appliquée au spleen d’un expatrié dans la Grande Pomme. On nous promet la brume de la Skyline, on l’a. On nous promet des joggeurs à Central Park, on les cherche… Dans cette œuvre spectrale qui mériterait bien un tuto du maestro (l’avant-concert de 18h45 maybe), on se perd comme dans les couloirs de Châtelet… Mais bravo aux musiciens et musiciennes qui ont toujours su garder la voie dans ces 40 minutes de musique éprouvantes. La pause du changement de plateau et l’introduction des mille percussions de l’œuvre suivante semble bienvenue.
À lire également : Paris – Haïti – New York : Steve Reich est bien urbain…
Train train
Parce que voilà qu’arrive une nouvelle rame à arrimer au convoi. Et, surprise : elle est taguée de partout ! Comme les fresques à la bombe sur les parois d’un RER, Graffiti (signée Unsuk Chu) apporte un peu de couleur au concert. Virtuosité rythmique, jeux de timbres, questions-réponses : Graffiti est LA découverte de la soirée. On remercie l’Ensemble intercontemporain de nous avoir embarqués dans ce train qui nous sort du quotidien, et on se quitte sur ce qui aurait pu être un bis au concert : Different trains, de Steve Reich. Tam tam, taaa da !

