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Electric fields : chant magnétique

DISQUE – Electric Fields tente de saisir une traversée sonore, une expérience immersive, née de la rencontre entre trois forces créatrices. Les sœurs Labèque, la soprano et cheffe Barbara Hannigan et le compositeur et producteur David Chalmin composent ici un champ électromagnétique où se croisent Hildegard von Bingen, Francesca Caccini, Barbara Strozzi, Bryce Dessner et Chalmin lui-même. À la croisée du moyen-âge et du contemporain, du sacré et du profane, du sonore acoustique et de l’électronique, ce projet croisé ressemble à notre époque.

La singularité d’Electric Fields tient à son insaisissable centre de gravité : la lumière. Elle traverse chaque pièce, comme une petite veilleuse intérieure et fragile ou à l’inverse, une gerbe éclatante et extatique. Le prisme électronique, réalisé en temps réel par David Chalmin, les transpose et les expose dans une autre temporalité, fluide, vaporeuse et mouvante, où le souffle ancien respire avec celui du présent.

Inversion des pôles

Le programme est pensé comme un tout, une dramaturgie continue, d’une monodie latine de von Bingen aux pulsations répétitives de Dessner, d’une déploration baroque à une œuvre atmosphérique signée Chalmin. Les pièces semblent s’engendrer les unes par rapport aux autres, redéfinissant, sans les abolir, les frontières historiques et esthétiques.

Les interprètes eux-mêmes forment une totalité, un alliage à la fois composite et homogène dont le jeu de Katia et Marielle Labèque sculpte les contours. Les deux pianos offrent en miroir leur chorégraphie sonore reliant la terre au ciel, mêlant rigueur rythmique et souplesse mélodique. Barbara Hannigan y insère sa voix et sa présence. Elle imagine un chant augmenté, un chant « préparé » à la manière de John Cage, interpolé de murmures, de plaintes, de soupirs, d’imploration, de chuchotements, d’éclats, faisant de la matière vocale un instrument atmosphérique. 

Barbara Hannigan © Cyrus Allyar

David Chalmin, compositeur-arrangeur, à sa console, assure la continuité entre l’acoustique et l’électronique ainsi que celle, subtile, qui relie écriture et improvisation dans les arrangements qu’il effectue. Sur le modèle de la musique électroacoustique mixte, il capte, réinjecte et spatialise le son en temps réel, chaque motif se répercutant en échos et en boucles, ce que l’enregistrement parvient à restituer avec une grande finesse. Le sonore acoustique est prolongé sans être dénaturé ou écrasé. Il conserve son grain et ses contours. 

Circuit court

Du panel d’œuvres assemblées en un continuum dramatique on retient, chronologiquement :

  • Les chants liturgiques d’Hildegarde von Bingen, transfigurations sonores de ses visions mystiques, elles-mêmes filtrées par l’électronique. 
  • Les différents opus de David Chalmin, comme une traduction musicale de la lumière, alliant grandes ondes et vibrations ténues, à la manière d’un grand frisson.
  • Les chants d’amour et de douleur baroques de Barbara Strozzi et Francesca Caccini rehaussés par l’électronique, qui prennent une dimension mythique et universelle.
  • Des œuvres sacrées du compositeur minimaliste américain Bryce Dessner, entre pulsations obstinées et grappes harmoniques.

Ce disque est pensé comme une expérience immersive dans un espace sonore total. Le mixage rend palpable la spatialisation scénique : les deux pianos forment un volume géométrique sonore et palpable, accueillant la voix et l’électronique. Même sans l’image, le disque contient la densité visuelle d’un halo sonore diffusé dans l’espace.

À lire également : De Stravinsky à Glenn Miller : Barbara Hannigan et le Ludwig Orchestra traversent la rue

Electric Fields offre une musique poreuse et hybride, entre composition et improvisation en temps réel, geste et machine, sonorités tendues et silences erratiques. L’électricité ne renvoie pas seulement à l’électronique et à la lumière, mais à une atmosphère tendue et vibrante, un chant magnétique entre les corps et les sons. 

Crée en 2021, enregistré en décembre 2022 et septembre 2023, à la Fabrique des Ondes, Saint Pée-sur-Nivelle (France), Alpha Classics.

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